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Capítulo 143

Le sexe est une source importante, pas toute la relation

La sexualité constitue une dimension importante de la relation, sans résumer à elle seule l’affection, l’engagement, la confiance et le quotidien.

Un couple est-asiatique âgé partage un regard complice près d’une fenêtre.

Le sexe occupe une place importante dans beaucoup de relations.

Il peut créer du plaisir, de la complicité, un sentiment d’être désiré et une intimité qui n’existe nulle part ailleurs.

Parce que cette source est puissante, nous pouvons lui attribuer le pouvoir de porter tout le couple. D’autres personnes réagissent en prétendant qu’elle n’a aucune importance.

Ces deux conclusions sont fausses.

Une relation peut mourir malgré une grande entente sexuelle. Elle peut aussi se détériorer parce que cette dimension a été négligée ou humiliée.

La responsabilité ne minimise rien et ne divinise rien.

Elle remet la sexualité à sa juste place : une source importante de valeur, parmi plusieurs autres, qui doit être apprise, protégée et partagée librement par les personnes réelles.

Une préférence ne couvre pas tous nos besoins

Notre plat préféré ne perd pas sa valeur parce que d’autres plats nous plaisent. La variété nous permet même de mieux l’apprécier lorsque nous le retrouvons.

Dans le couple, une source de bonheur peut être préférée sans devenir la seule nécessaire.

Nous voulons être désirés, mais aussi respectés. Nous apprécions les mots doux, mais aurons besoin de fiabilité, de discernement et d’une volonté de réparer.

Une relation n’est pas faite uniquement de sexe. Elle n’est pas davantage faite uniquement d’attention, d’argent, de fidélité ou de projets.

Une seule qualité peut ouvrir la porte d’une relation.

Elle ne sait pas nécessairement habiter toute la maison.

Exceptionnel ne signifie pas suffisant

Une femme peut être très désirée et rendre chaque discussion méprisante. Un homme peut savoir donner beaucoup de plaisir et devenir absent dès que sa partenaire a besoin de soutien.

Le corps ne remplace pas la parole. La performance ne remplace pas le respect. Le plaisir ne nettoie pas durablement l’humiliation.

Nous pouvons passer une heure extraordinaire avec une personne et souffrir de sa présence pendant le reste de la semaine.

L’heure heureuse est réelle. La question est de savoir si sa valeur suffit à compenser le coût global.

« Entre nous, c’est exceptionnel. »

C’est peut-être vrai.

Exceptionnel ne signifie pas suffisant.

La relation contient plusieurs sources non interchangeables

Il y a l’écoute, la fiabilité, l’humour, l’implication, la manière de protéger les confidences et la paix ou l’inquiétude que la présence installe.

Il y a aussi le désir, les gestes, la sensualité, les mots et ce que deux corps apprennent l’un de l’autre.

Ces valeurs ne se remplacent pas. Une réussite professionnelle ne répare pas une sexualité continuellement ignorée. Une belle nuit ne résout pas un problème de confiance.

Diversifier nos sources de bonheur ne signifie pas chercher plusieurs partenaires pour obtenir ailleurs chaque morceau manquant. Cela signifie conserver des projets, des liens, une estime personnelle et la capacité de produire aussi une part de notre bien-être.

Une personne qui ne reçoit de joie que par le sexe devient facilement prisonnière de sa source. Une personne qui ne se croit valable que par le plaisir qu’elle procure devient prisonnière de sa performance.

L’intimité cesse alors d’être une rencontre. Elle devient une dépendance.

Personne ne sait automatiquement faire l’amour à son partenaire

L’expérience apporte des repères généraux. Elle ne donne pas la connaissance particulière.

Ce qui a plu à une ancienne partenaire peut laisser la suivante indifférente. Une même personne peut aimer une chose à une période et la recevoir autrement plus tard.

Le corps arrive avec une histoire, une humeur, une confiance, une fatigue, une image de soi et l’état actuel du lien.

Prétendre tout savoir peut donc être une forme d’incompétence.

La compétence commence par l’humilité de découvrir.

Demander ce qui plaît n’est pas un aveu d’échec. Observer, écouter et accepter qu’un geste soit corrigé ne diminuent pas notre valeur.

« Montre-moi. »

« Dis-moi si tu préfères autrement. »

« Y a-t-il quelque chose que tu ne veux pas refaire ? »

Ces phrases empêchent notre ego de prendre toute la place dans une expérience qui appartient aux deux.

L’effort donné n’est pas toujours la valeur reçue

Nous pouvons sortir d’un moment intime convaincus d’avoir été remarquables parce que nous avons fourni beaucoup d’efforts.

Mais l’effort mesure ce que nous avons donné, pas forcément ce que l’autre a reçu.

Une personne peut ressentir du plaisir et ne pas trouver son compte. Atteindre l’orgasme en s’étant sentie peu écoutée. Ne pas l’atteindre et avoir vécu un moment de grande tendresse qu’elle veut revivre.

Réduire la qualité à un seul signe empêche de comprendre la richesse de l’expérience.

Nous n’avons pas à exiger une note qui rassure notre fierté. Nous devons créer assez de confiance pour que la vérité soit dite sans moquerie ni punition.

Si notre partenaire doit flatter notre compétence pour protéger la paix, nous ne saurons jamais ce qu’il aurait pu nous apprendre.

La chambre commence avant la chambre

Pour beaucoup de personnes, la sexualité a commencé le matin.

Dans la manière dont une parole a été reçue, une responsabilité partagée, un conflit réparé ou une humiliation laissée sans réponse.

Un homme peut connaître beaucoup de gestes et ne pas comprendre la distance de sa partenaire. Il regarde la chambre, alors qu’elle porte encore le mépris reçu dans la cuisine ou la promesse non tenue.

Une femme peut vouloir retrouver l’homme spontané des débuts sans voir les comparaisons et les refus de tendresse qui lui ont appris qu’il était évalué plutôt que désiré.

Le même geste n’a pas la même valeur dans tous les états du lien.

Lorsque l’esprit est rempli de confiance, un détail peut être amplifié. Lorsqu’il est occupé par la peur ou la colère, une grande compétence peut ne presque plus atteindre la personne.

La relation entre dans la chambre avec nous.

Prendre soin du désir sans imposer un corps

Les corps changent avec l’âge, les événements, la fatigue et la vie.

Séduire ne devrait pas devenir une injonction à ressembler aux images d’un écran. Cela ne nous dispense pas de prendre soin de la manière dont nous nous présentons à l’autre.

Pour l’un, une tenue comptera. Pour l’autre, l’hygiène, une odeur, une attention à la coiffure, une chambre préparée ou simplement le sentiment que son désir a été pris au sérieux.

Les hommes aussi ont à séduire. Les femmes ne portent pas seules la responsabilité de l’atmosphère et de l’apparence. Et le désir d’un homme n’est ni automatique ni indépendant de la manière dont il est traité.

Prendre soin de sa présence ne signifie pas que l’autre possède notre apparence.

C’est choisir librement de ne pas laisser l’habitude déclarer que plaire n’a plus aucune importance.

Le plaisir partagé ne dit pas à lui seul ce que l’intimité doit réparer

Un moment de proximité peut faire du bien après une tension. Il ne dit pas nécessairement si le problème de départ a été compris, si un accord a changé ou si chacun souhaite la même suite. Nous pouvons apprécier ce moment et conserver une conversation à reprendre.

Il faut également distinguer l’envie de retrouver du lien et l’accord pour une pratique précise. Une personne peut souhaiter de la tendresse sans vouloir de sexualité ; elle peut aimer son partenaire et ne pas ressentir de désir à cet instant. Le manque de l’autre mérite une parole, mais il ne transforme aucun contact en réparation due.

Le travail du couple consiste à comprendre ce que chacun reçoit, ce qui facilite ou ferme la rencontre et ce qui peut être proposé librement. Les effets d’un essai doivent pouvoir être dits sans moquerie ni obligation de le répéter. L’intimité devient plus profonde lorsqu’elle permet d’apprendre une personne, pas lorsqu’elle cherche à reproduire une performance censée prouver définitivement l’amour.

Le plaisir solitaire ne prouve pas une disponibilité sexuelle à deux

Une personne peut éprouver du plaisir seule et ne pas souhaiter un rapport avec son partenaire à un moment donné. Les deux expériences ne demandent pas nécessairement les mêmes conditions ni le même engagement. L’une ne permet pas de déduire le consentement à l’autre.

Le partenaire peut ressentir un manque et vouloir comprendre ce qui a changé dans leur intimité. Cette conversation doit porter sur le lien, les souhaits et les effets réels, sans conclure que l’autre pourrait forcément donner davantage « s’il faisait un effort ».

Si une habitude personnelle empiète sur des moments à deux que la personne veut elle-même préserver, elle peut souhaiter l’ajuster. Cet ajustement ne doit pas être remplacé par l’obligation d’avoir des rapports. La question reste celle de la liberté et de la vie désirée : comment garder une place aux expériences personnelles et communes sans utiliser l’une comme preuve contre l’autre ?

Il n’existe pas de fréquence universelle

Combien de fois par semaine ?

Aucun nombre ne peut décider à la place du couple.

La mesure est la manière dont les deux vivent ce qui existe aujourd’hui. Mais l’absence de norme ne signifie pas que toute différence doit être ignorée.

Si l’un trouve son compte et que l’autre souffre continuellement, l’équilibre n’est pas établi.

Il faut pouvoir parler du désir sans traiter la personne qui en ressent davantage comme sale ou excessive, et sans transformer celle qui en ressent moins en distributeur obligé de plaisir.

L’écart devient une question commune : rythmes, conditions qui favorisent le désir, frustrations, sens accordé au sexe et autres formes d’intimité.

Le compromis n’est pas toujours une moyenne mathématique. Il peut se trouver dans la qualité, l’initiative, une autre manière de se rapprocher ou une parole qui empêche chacun de se sentir rejeté ou utilisé.

Le compromis n’est jamais une dette sur le corps

Nous pouvons librement essayer quelque chose pour faire plaisir à l’autre. Mais le corps introduit une limite essentielle.

Une concession passée ne crée aucune créance sexuelle. Le plaisir offert perd sa valeur lorsqu’il devient remboursement, peur d’une colère ou prix de la tranquillité.

Écouter une proposition ne signifie pas devoir l’accepter. Refuser une pratique ne signifie pas refuser la personne. Accepter une fois ne promet rien pour la fois suivante.

Nous pouvons être curieux sans être disponibles à tout.

Une intimité responsable offre un espace où les désirs peuvent être exprimés, considérés et parfois refusés sans que l’affection ou la sécurité deviennent des instruments de pression.

L’influence n’est pas le chantage

La sexualité exerce une influence. Nous pouvons utiliser ce que nous connaissons de l’autre pour créer de la joie et lui faire sentir qu’il compte.

Le problème commence lorsque l’accès devient une monnaie :

« Si tu m’aimes, tu le feras. »

« Après tout ce que je t’ai donné, tu me dois cela. »

Le désir de l’autre devient alors une corde destinée à obtenir de l’argent, une décision ou l’éloignement de ses proches.

Toute influence n’est pas mauvaise. Un effort peut nous donner envie de répondre. La question est de savoir qui bénéficie du mouvement et ce qu’il coûte à la liberté.

Si une personne gagne tout tandis que l’autre s’abandonne, nous n’entretenons plus le désir.

Nous exploitons une dépendance.

Le sexe peut apaiser sans résoudre

Après un conflit, le rapprochement physique peut réduire la tension et rappeler aux corps qu’ils ne sont pas seulement adversaires.

Cet apaisement est parfois précieux.

Mais il n’est pas une résolution.

Si le mensonge demeure ou si la faute n’est pas reconnue, le problème attend sous le calme.

Nous pouvons faire l’amour pour éviter de parler. Nous pouvons aussi nous rapprocher pour retrouver l’état intérieur qui permettra de parler avec davantage de bienveillance.

Dans le premier cas, le sexe devient une gomme imaginaire.

Dans le second, il peut devenir un pont.

Le pont ne sert que si nous le traversons.

Entretenir sans transformer l’intimité en performance

Le désir peut se nourrir ou s’endormir selon la place qui lui est accordée.

La nouveauté ne signifie pas rechercher l’extrême. Un autre environnement, une initiative inhabituelle, des mots nouveaux ou une autre forme de proximité peuvent suffire.

Varier ne méprise pas ce qui fonctionnait. Cela refuse de croire que ce que l’autre a aimé une fois sera désiré de la même manière pour toujours.

L’orgasme n’est pas non plus l’unique mesure. Le rire, la lenteur, la tendresse, le sentiment d’être regardé et la découverte possèdent aussi une valeur.

Cette diversité n’autorise pas l’indifférence au plaisir de l’autre. Elle empêche de réduire la rencontre à une performance obligatoire.

Lorsque nous cessons de poursuivre un seul signe de victoire, l’intimité redevient un langage :

« Je te désire. »

Mais aussi :

« Je te vois. Je t’écoute. Je veux encore apprendre comment être avec toi. »

Important, libre et insuffisant à lui seul

Oui, une difficulté sexuelle peut peser lourd. Oui, une grande entente peut créer un bonheur rare. Oui, le désir mérite des efforts.

Mais une nuit exceptionnelle ne rend pas une relation exceptionnelle. Le plaisir ne transforme pas le mépris en amour. Une compétence ne donne pas le droit de contrôler. Un compromis n’abolit pas la liberté.

La sexualité prend sa plus grande valeur lorsqu’elle n’a plus besoin de porter seule tout le couple.

Elle peut alors devenir une rencontre, un jeu, une tendresse et une complicité entre deux personnes qui continuent aussi à construire ailleurs.

Prendre le sexe au sérieux sans lui sacrifier notre jugement.

Prendre le désir au sérieux sans en faire une prison.

Prendre le plaisir de l’autre au sérieux sans abandonner nos limites.

La place réelle de notre sexualité

Quelle valeur notre intimité apporte-t-elle réellement à chacun ?

Qu’est-ce que je crois savoir sans l’avoir vérifié récemment ?

Quel état du lien entre avec nous dans la chambre ?

Mon compromis reste-t-il libre, réversible et sans punition ?

Que reste-t-il de notre relation entre deux moments de plaisir ?

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