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فصل 180

Nous pouvons nous aimer sans savoir vivre ensemble

Pourtant, lorsqu'elle apprend qu'il traverse une difficulté professionnelle, elle lui envoie le contact d'une personne capable de l'aider. Plus tard, il participe…

Ils ne sont plus en couple depuis plusieurs mois.

Pourtant, lorsqu'elle apprend qu'il traverse une difficulté professionnelle, elle lui envoie le contact d'une personne capable de l'aider. Plus tard, il participe au financement d'un projet qu'elle voulait lancer depuis longtemps. Ils prennent parfois des nouvelles. Ils peuvent encore rire d'un souvenir, s'inquiéter sincèrement l'un pour l'autre et reconnaître que leur histoire a compté.

Quelqu'un qui les observe pourrait demander :

« Puisque vous vous aimez encore, pourquoi ne vous remettez-vous pas ensemble ? »

La question semble logique. Elle repose pourtant sur une confusion fréquente.

Ces deux personnes peuvent continuer à se donner de l'amour sans savoir construire la relation dont elles auraient besoin pour vivre ensemble. Leur affection n'a peut-être pas disparu. Leur capacité à cohabiter, à tenir certaines promesses, à partager des priorités ou à gérer leurs différences s'est révélée insuffisante.

Nous pouvons aimer une personne et ne plus nous voir heureux ou heureuses dans une relation avec elle.

Nous pouvons aussi rester dans une relation où l'habitude, les intérêts, la peur ou l'organisation commune continuent de fonctionner alors que très peu d'amour devient encore visible.

L'amour et la relation peuvent avancer ensemble.

Ils ne désignent pas la même réalité.

Comprendre cette différence change notre manière d'évaluer le couple. Nous cessons de demander seulement : « Est-ce que nous nous aimons ? » Nous ajoutons une question plus exigeante : « Est-ce que notre manière d'aimer sait construire une vie dans laquelle chacun trouve encore sa place ? »

Aimer est un mouvement vers le bien-être de l'autre

Lorsque nous aimons, nous voulons généralement produire quelque chose de bon dans l'expérience de l'autre.

Nous écoutons, rassurons, encourageons, offrons, protégeons, partageons un plaisir ou faisons un effort afin que cette personne ressente de la joie, de la paix, de la sécurité, de la fierté ou une autre émotion agréable.

L'amour intérieur ne devient pas toujours visible. Nous pouvons ressentir beaucoup et mal traduire ce sentiment. Nous pouvons croire que notre présence suffit, alors que l'autre ne reçoit ni attention, ni écoute, ni considération. Nous pouvons donner une forme d'amour qui nous paraît évidente et qui manque continuellement l'attente principale de la personne réelle.

Inversement, nous pouvons poser des gestes de soutien après la fin d'une relation. Aider un ancien partenaire à trouver un travail, accomplir une démarche, préparer un repas ou soutenir un projet peut encore produire du bien dans sa vie.

Ces gestes n'exigent pas nécessairement une cohabitation.

Ils n'exigent même pas toujours le désir de reconstruire.

Ils montrent seulement que la personne n'est pas devenue indifférente, que son bonheur conserve une valeur ou que notre histoire continue à nous donner envie d'être utile dans certaines limites.

Aimer peut donc survivre à la forme du couple.

Mais le fait que l'amour survive ne prouve pas que la relation doit reprendre.

Construire une relation demande davantage qu'un sentiment

Une relation organise deux vies.

Elle contient des attentes, des promesses, des habitudes, des renoncements, des décisions et une manière de partager le temps, l'intimité, les projets ou certaines responsabilités. Elle crée des conséquences qui n'existeraient pas si les deux personnes restaient simplement importantes l'une pour l'autre sans construire une vie commune.

Nous pouvons éprouver un amour profond et ne pas savoir écouter un désaccord. Nous pouvons vouloir le bonheur de l'autre et refuser les compromis nécessaires pour que son bonheur compte dans l'organisation quotidienne. Nous pouvons être généreux ou généreuses dans les cadeaux et incapables de tenir une parole qui protège sa sécurité.

Le sentiment fournit une force.

Il ne fournit pas automatiquement la compétence.

Deux personnes peuvent s'aimer et se blesser continuellement parce que chacune exige que l'amour de l'autre prenne exactement sa propre forme. Elles interprètent chaque différence comme une preuve d'absence de sentiment, puis augmentent la pression au lieu d'apprendre la personne.

La relation a besoin d'une volonté qui se transforme en comportements : faire certaines choses, en éviter d'autres, reconnaître ce que l'autre reçoit et accepter que notre liberté possède désormais des conséquences dans une construction commune.

Aimer répond à la question de la valeur que l'autre possède pour nous.

Construire répond à la question de ce que nous savons faire de cette valeur lorsque nos deux vies doivent cohabiter.

Vivre ensemble ressemble à une charte construite à deux

La relation possède souvent des règles bien avant que nous les ayons formulées.

Nous attendons une certaine fidélité, une manière de nous parler, une place dans les décisions, une solidarité, une présence et des limites autour de l'intimité ou de la famille. Notre partenaire possède ses propres attentes. Certaines sont connues. D'autres sont supposées évidentes.

La cohabitation devient fragile lorsque chacun croit avoir signé le même accord sans l'avoir vérifié.

La relation ressemble donc à une charte : pour que nous vivions ensemble, voici ce que je promets d'apporter, ce que tu promets d'apporter, ce que nous cherchons à construire et ce que chacun considère comme incompatible avec cet engagement.

Cette charte ne doit pas devenir une liste rigide qui prévoit toute la vie. Les personnes évoluent, les circonstances changent et certaines attentes se découvrent avec l'expérience. Mais l'absence complète de clarification laisse chacun juger l'autre à partir d'un contrat invisible.

Deux personnes peuvent s'aimer selon des visions incompatibles. L'une pense que l'amour laisse une grande autonomie. L'autre associe l'amour à une présence presque constante. L'une croit qu'une difficulté financière doit toujours être partagée. L'autre considère certains projets comme strictement individuels.

Leur problème n'est pas forcément l'absence d'amour.

Il peut être l'absence d'une charte dans laquelle les deux savent encore vivre.

Une infidélité touche la relation par la promesse qu'elle viole

Prenons l'exemple d'un homme engagé dans une relation dont l'exclusivité a été clairement comprise. Il entretient une autre relation sexuelle.

Il peut continuer à ressentir de l'amour pour sa partenaire. Il peut s'inquiéter pour elle, vouloir son bonheur et accomplir plusieurs gestes qui lui font du bien. Son sentiment intérieur ne suffit pourtant pas à préserver la relation.

Il a choisi un comportement qui viole une base de leur charte.

Sa partenaire peut dire : « Si tu veux vivre cette liberté, tu ne peux pas en même temps me demander de rester dans l'engagement exclusif que nous avions défini. » Elle ne prétend pas nécessairement qu'il ne ressent plus rien. Elle constate que sa manière d'agir ne correspond plus à la relation qu'elle avait accepté de construire.

Cette distinction ne réduit pas la gravité de la faute. Elle la localise.

Le problème n'est pas seulement un jugement abstrait porté sur un acte. Il est ce que cet acte fait à une promesse, à la confiance, à la liberté de choisir de l'autre et à la possibilité de continuer à vivre selon les mêmes bases.

Nous pouvons donc aimer et être infidèles à notre parole.

Le sentiment n'innocente pas la violation.

Il montre simplement pourquoi les phrases « il m'aime » et « il sait construire la relation promise » ne répondent pas à la même question.

Après la séparation, le même comportement change de portée relationnelle

Imaginons que ce couple se sépare.

L'homme commence ensuite une nouvelle relation. Son ancienne partenaire peut ressentir de la peine, de la jalousie ou du regret. Elle peut désapprouver son choix ou constater qu'elle l'aime encore.

Pourtant, cette nouvelle relation n'est plus une infidélité à son égard si l'engagement d'exclusivité a pris fin. Le comportement physique peut ressembler à celui qui avait autrefois violé leur accord. Sa portée relationnelle n'est plus la même.

Avant la séparation, il existait une promesse commune.

Après, cette promesse ne gouverne plus leurs nouvelles relations.

L'ancienne partenaire ne perd pas le droit de ressentir. Elle perd simplement le droit relationnel qui naissait de l'engagement terminé. Sa douleur ne recrée pas automatiquement la promesse.

Cette nuance nous aide à comprendre pourquoi le sens d'un geste dépend aussi du contrat dans lequel il apparaît. Une relation sexuelle n'est pas, à elle seule, l'ensemble de sa signification. Il faut regarder les engagements, les attentes et la liberté que les deux personnes avaient définis.

Cela vaut au-delà de la sexualité. Une absence, une dépense, une confidence ou une priorité n'a pas la même portée selon ce qui avait été promis.

La relation transforme certains comportements en devoirs ou en violations.

La fin de la relation transforme à son tour ce que chacun peut encore légitimement attendre.

Deux anciens partenaires peuvent rester importants l'un pour l'autre

Une séparation ne transforme pas toujours l'autre en personne sans valeur.

Nous pouvons conserver de la gratitude. Nous pouvons continuer à reconnaître ses qualités, être touché(e)s par ses difficultés et vouloir lui apporter quelque chose lorsque cela reste compatible avec la nouvelle réalité.

Deux anciens partenaires peuvent se donner de l'argent, préparer un plat l'un pour l'autre, accomplir une démarche, financer un projet ou partager une présence dans un moment important. Ces gestes peuvent être des expressions d'affection, de reconnaissance ou de solidarité.

Ils ne prouvent pas automatiquement que la relation amoureuse existe encore sous la même forme.

Ils peuvent même devenir possibles précisément parce que la cohabitation a cessé. Libérées des conflits quotidiens, des attentes incompatibles ou des promesses continuellement violées, deux personnes retrouvent parfois une manière limitée de se faire du bien.

Il faut toutefois observer ce que ces gestes entretiennent. L'un croit-il à une reconstruction que l'autre ne veut pas ? L'aide devient-elle un moyen de garder une place, de retarder le deuil de la relation ou d'empêcher chacun de vivre sa nouvelle liberté ?

Un geste d'amour reste responsable lorsqu'il ne falsifie pas la situation.

Nous pouvons être utiles dans la vie l'un de l'autre sans appeler « couple » une relation que nous ne voulons plus ou ne savons plus construire.

Même une intimité retrouvée ne suffit pas toujours à reconstruire

Deux anciens partenaires peuvent, selon leur entente, retrouver parfois une intimité sexuelle.

Ce moment peut contenir du désir, de la tendresse, une mémoire du corps et une affection réelle. Il peut leur donner l'impression que rien n'a complètement disparu.

Mais une intimité ne rétablit pas à elle seule la charte du couple.

Elle ne répond pas aux questions qui avaient rendu la cohabitation impossible. Les promesses sont-elles de nouveau actives ? Les projets sont-ils partagés ? Chacun souhaite-t-il réellement reconstruire ? Les comportements qui avaient détruit la relation ont-ils changé ?

Le plaisir peut rapprocher pendant quelques heures et laisser ensuite deux interprétations opposées. L'un pense que le couple revient. L'autre croyait seulement partager un moment avec une personne encore importante.

L'amour donné dans cette intimité n'est pas nécessairement faux.

La relation reconstruite n'est pas nécessairement réelle.

Nous devons éviter d'utiliser une émotion agréable comme preuve de tout ce qui n'a pas encore été clarifié. Le corps peut reconnaître une proximité ancienne alors que les vies ne savent toujours pas reprendre le même chemin.

Une relation ne se rétablit pas seulement parce que deux personnes peuvent encore se faire du bien.

Elle se rétablit lorsque les deux veulent de nouveau assumer les engagements qui rendent leur vie commune possible.

Nous aimons déjà beaucoup de personnes sans vivre en couple avec elles

Nous aimons des parents, des enfants, des proches et parfois des personnes pour lesquelles nous faisons de grands sacrifices. Nous pouvons vouloir profondément leur bonheur sans partager avec elles une intimité sexuelle ni organiser toute notre vie autour de leurs attentes.

Cette évidence montre que l'amour n'implique pas automatiquement une relation de couple.

Le couple donne à l'amour une forme particulière. Il crée certains droits, certains devoirs et une priorité qui dépendent de l'entente. Il demande des renoncements qui ne seraient pas nécessairement dus à une personne simplement aimée.

Nous pouvons donc cesser d'être le ou la partenaire de quelqu'un sans cesser immédiatement de l'aimer comme être humain.

L'autre peut redevenir une personne extérieure à notre construction commune tout en conservant une place dans notre mémoire, notre affection ou notre gratitude.

Cette nuance peut libérer. Elle nous évite de croire que quitter une relation exige de fabriquer de la haine. Elle nous évite aussi de prendre l'amour restant comme obligation de reprendre une cohabitation qui nous détruisait.

Nous n'avons pas besoin de nier chaque émotion pour confirmer une décision.

Nous pouvons dire : « Je t'aime encore d'une certaine manière, mais je ne sais plus être heureux ou heureuse avec toi dans la relation que nous avons créée. »

Cette phrase peut être douloureuse.

Elle n'est pas nécessairement contradictoire.

L’amour, la relation et la décision de construire ne demandent pas la même preuve

Ressentir de l’affection dit que l’autre compte. Lui apporter une aide montre une contribution particulière. Vouloir vivre en couple avec cette personne engage une organisation beaucoup plus large. Nous ne devons pas demander à l’une de ces réalités de prouver automatiquement les deux autres.

Un ancien partenaire peut souhaiter notre bien sans vouloir reprendre la vie commune. Un couple peut partager une intimité agréable sans avoir résolu un désaccord central. Deux personnes peuvent s’aimer sincèrement et ne pas parvenir à tenir les accords qui rendent leur quotidien habitable. Ces différences n’abaissent pas l’amour ; elles évitent de lui attribuer une compétence ou une volonté qu’il n’a pas encore produite.

Pour construire, nous devons transformer la valeur affective en décisions : quelle place pour chacun, quelles contributions, quelles libertés, quels moyens et quelle manière de traiter les changements ? Le partenariat n’est pas une procédure froide ajoutée au sentiment. Il est une façon de protéger ce que le sentiment nous donne envie de vivre.

La question n’est donc pas seulement « est-ce que nous nous aimons encore ? » Elle est aussi « quelle vie nos manières d’aimer rendent-elles possible, et choisissons-nous tous les deux le travail nécessaire pour la construire ? » Une réponse négative peut être douloureuse sans rendre fausse toute l’histoire. Une réponse positive demande des actes, pas uniquement la peur de se perdre. Nous gardons ainsi la liberté d’aimer une personne sans nier la réalité de ce que notre relation permet ou ne permet plus.

Une cohabitation peut continuer avec très peu d'amour visible

Le mouvement inverse existe aussi.

Deux personnes peuvent continuer à habiter ensemble, organiser les dépenses, élever des enfants, partager des habitudes et présenter une image stable. Pourtant, elles ne cherchent presque plus à produire de la joie l'une chez l'autre.

La relation fonctionne comme une organisation.

Elle peut être maintenue par l'habitude, des intérêts communs, la peur du changement, le confort, la pression ou l'idée que la séparation coûterait trop cher dans leur échelle personnelle. Cela ne signifie pas que tout amour intérieur a disparu. Il peut rester sous des couches de déception ou n'être plus traduit par des actes.

Mais la cohabitation seule ne prouve pas la qualité de l'amour.

Nous pouvons vivre sous le même toit et devenir étrangers à l'expérience de l'autre. Nous pouvons respecter certaines tâches sans entretenir le sentiment de valeur qui donne envie de continuer à se choisir.

Cette réalité nous empêche de prendre la durée comme preuve suffisante. Une relation longue peut avoir construit une grande valeur. Elle peut aussi avoir seulement appris à fonctionner avec peu de bonheur.

La question n'est pas uniquement : « Sommes-nous encore ensemble ? »

Elle est : « Qu'est-ce que notre manière d'être ensemble produit aujourd'hui dans nos deux vies ? »

La relation sans amour visible peut tenir.

Elle ne répond pas forcément à l'objectif pour lequel les deux personnes avaient choisi de la construire.

Aimer implique souvent des renoncements

L'amour nous donne une force supplémentaire pour faire des efforts qui ne nous arrangent pas.

Nous renonçons parfois à une habitude, une facilité, une liberté ou une priorité personnelle parce que nous savons ce que cette décision apportera à l'autre et au couple. Nous choisissons de consulter, d'attendre, d'écouter ou de modifier une manière de faire.

Le renoncement n'est pas nécessairement une perte de soi.

Il peut être la forme concrète d'une priorité librement choisie.

Mais tous les renoncements ne deviennent pas bons simplement parce qu'ils sont demandés au nom de l'amour. Si une seule personne renonce toujours, si son sacrifice n'est jamais reconnu ou si l'autre exige une disparition progressive de ce qui la rend vivante, la relation ne protège plus deux intérêts.

Nous devons regarder ce que le renoncement construit. Permet-il à chacun de trouver davantage sa place ? Protège-t-il une valeur commune ? Circule-t-il dans la réciprocité, même sous des formes différentes ?

Une femme peut renoncer à une dépense personnelle pour un projet commun, tandis que son partenaire renonce ailleurs à du temps ou à un confort. Ils ne font pas la même chose. Ils montrent que le projet contient une part de leurs deux intérêts.

L'amour facilite le sacrifice.

La responsabilité vérifie qu'il ne devient pas le devoir permanent du même partenaire.

Nos efforts servent l'autre et la relation en même temps

Lorsque nous faisons quelque chose pour le couple, notre partenaire en profite nécessairement.

Si je cuisine, écoute, soutiens, respecte une promesse ou contribue à un projet, c'est une personne précise qui reçoit la valeur. Dire que mon devoir sert « le couple » ne doit pas rendre cette personne invisible.

Mais l'effort ne s'arrête pas non plus à son plaisir immédiat.

Il nourrit une confiance, une habitude, une sécurité ou un avenir commun. Il renforce la relation dans laquelle je cherche moi aussi une valeur. Mon partenaire reçoit directement le geste ; l'entité commune reçoit la référence qu'il crée.

Cette distinction devient utile lorsque nous sommes tenté(e)s d'arrêter un effort sous prétexte que l'autre en profite.

Bien sûr qu'il ou elle en profite. C'est souvent le but. Nous aimons afin de produire du bien dans son expérience. Nous espérons qu'en retour sa manière d'aimer produira aussi du bien dans la nôtre.

Si nous supprimons toute contribution dès qu'elle avantage l'autre, aucune relation ne peut exister. Mais si l'autre reçoit continuellement sans participer, l'effort ne sert plus une construction commune. Il entretient surtout un avantage individuel.

Nos devoirs touchent donc plusieurs niveaux à la fois : une personne distincte, la relation créée avec elle et l'avenir que nous espérons recevoir de cette relation.

Les opposer artificiellement empêche de comprendre ce que nous construisons.

Si une seule personne donne et une seule profite, le couple s'épuise

Une relation peut traverser une période d'inégalité. L'un possède moins de force, de temps ou de moyens et l'autre contribue davantage. Cette différence n'est pas automatiquement injuste lorsque l'entente, la reconnaissance et la volonté existent.

Le problème apparaît lorsque l'organisation devient permanente et avantage toujours la même personne.

Elle reçoit l'attention, les efforts, les renoncements et la sécurité. Elle considère ces contributions comme les devoirs naturels de son ou de sa partenaire. En retour, elle présente ses propres efforts comme des faveurs exceptionnelles.

Le couple existe encore dans les mots.

Dans les comportements, il ressemble davantage à une source et à un bénéficiaire.

La personne qui donne peut continuer par amour. Elle espère que la qualité de sa contribution réveillera un jour la réciprocité. Mais plus elle accomplit seule la part de l'autre, plus elle peut lui apprendre que la relation fonctionne sans changement.

L'amour offert devient alors la ressource qui permet à l'absence de construction de durer.

Faire sa part ne signifie pas porter les deux.

Nous pouvons reconnaître les limites de l'autre, l'accompagner et traverser une période difficile sans déclarer que toute réciprocité doit prendre exactement la même forme. Mais une volonté commune doit rester visible. Sans elle, le « nous » sert surtout à demander à l'un de financer l'intérêt de l'autre.

Nos devoirs envers le couple n'effacent jamais la personne

Dire que nous avons des devoirs envers l'entité couple pourrait être utilisé pour demander à une personne de se sacrifier au nom de la relation.

« Pense à notre couple » deviendrait une manière de lui dire : « Oublie ce que cette décision te fait. »

Ce serait une mauvaise utilisation du principe.

Le couple n'est pas une divinité placée au-dessus des deux personnes. Il existe pour leur permettre de construire une vie dans laquelle chacune trouve une valeur. Si l'intérêt présenté comme commun exige toujours la souffrance, le silence ou la disparition du même partenaire, il n'est plus réellement commun.

Nous promettons quelque chose à une personne distincte. Cette promesse crée une relation. Nos efforts honorent cette relation et produisent directement une expérience chez notre partenaire.

Les trois niveaux restent reliés.

La personne ne doit pas être effacée au nom du couple.

Le couple ne doit pas être oublié chaque fois qu'une décision avantage momentanément la personne.

Notre responsabilité consiste à regarder comment l'effort circule entre ces niveaux : qu'est-ce que l'autre reçoit, qu'est-ce que la relation gagne et qu'est-ce que je protège aussi pour ma propre vie ?

Une construction commune qui ne contient plus l'intérêt de l'un de ses membres a perdu une partie de sa raison d'être.

La séparation retire surtout la volonté de construire cette forme

Nous disons parfois : « Je ne l'aime plus », alors que plusieurs émotions restent présentes.

Nous pensons encore à la personne. Nous voulons parfois qu'elle aille bien. Nous conservons de la tendresse, de la gratitude ou une douleur qui prouve que l'indifférence n'est pas complète.

Ce qui a changé peut être notre attention, notre investissement et notre volonté de construire avec elle.

Nous ne nous voyons plus heureux ou heureuses dans cette forme de relation. Nous voulons une liberté différente, d'autres horizons ou une personne capable de mieux recevoir ce que nous apportons. L'ancien partenaire peut devenir un étranger chargé de souvenirs : quelqu'un dont nous connaissons beaucoup de choses, mais à qui nous ne voulons plus redonner la même place.

La séparation n'exige pas que tout amour humain soit détruit.

Elle modifie les droits, les devoirs, les priorités et l'accès que la relation créait.

Cette nuance aide aussi à ne pas utiliser l'amour restant comme chantage. « Si tu m'aimais encore, tu reviendrais » confond le sentiment et la volonté de reconstruire. Une personne peut aimer et avoir compris que la cohabitation lui coûte trop cher, que les promesses ne sont pas compatibles ou que la trajectoire n'offre plus assez d'espoir.

L'amour ne décide pas seul de la forme qui doit continuer.

La vraie question est ce que notre amour sait construire

Nous pouvons passer des années à mesurer l'intensité du sentiment.

« M'aime-t-il encore ? »

« Est-ce que je l'aime assez pour rester ? »

Ces questions comptent. Elles ne suffisent pas.

Nous devons regarder ce que l'amour devient lorsqu'il rencontre les comportements, les engagements, les différences et le temps.

Est-ce qu'il apprend ? Est-ce qu'il renonce parfois à un avantage pour protéger l'autre ? Est-ce qu'il tient une parole ? Est-ce qu'il produit une réciprocité dans laquelle chacun trouve son compte ? Est-ce qu'il sait réparer lorsqu'une faute touche la charte commune ?

Deux personnes peuvent être des amours importants de leur vie et reconnaître qu'elles ne savent pas habiter le même couple. Une autre paire peut découvrir que la relation avait surtout besoin de mieux clarifier ses accords et d'apprendre à traduire l'amour déjà présent.

La décision ne sera pas identique pour tous.

Mais nous gagnons en lucidité lorsque nous cessons d'utiliser le sentiment comme preuve automatique de la relation.

Aimer peut donner envie de construire.

Construire exige que cette envie devienne une manière de vivre dans laquelle deux personnes existent encore.

Nous pouvons donc aimer sans rester.

Nous pouvons rester sans vraiment nourrir l'amour.

Et nous pouvons choisir de réunir les deux : donner de l'amour à une personne tout en honorant les engagements qui rendent possible la relation créée avec elle.

L'amour nous rapproche.

Ce que nous savons construire décide si nous pouvons réellement habiter cette proximité.

Les questions qui distinguent mon amour de notre capacité à vivre ensemble

Est-ce que je prends encore mon sentiment, notre intimité ou les gestes de soutien que nous échangeons comme preuve suffisante que nous savons réellement construire une relation commune ?

Quel bénéfice immédiat est-ce que je protège en répétant « nous nous aimons » — éviter une séparation, conserver une présence ou ne pas examiner les promesses que notre manière de vivre ne respecte plus ?

Qu'est-ce que notre cohabitation actuelle me coûte, que coûte-t-elle à l'autre, et quelles joies, libertés, confiances ou possibilités risquent de disparaître si l'amour reste un sentiment sans devenir une volonté qui agit ?

Qu'est-ce qui appartient aux choix et aux engagements non tenus de l'autre, et quelle part m'appartient dans ce que je continue à donner, à attendre, à appeler couple ou à refuser désormais de construire ?

Si je sépare honnêtement l'amour humain, l'amour donné, la relation et la cohabitation, quelle forme protégerait le mieux ma dignité, la sienne et la vérité de ce que nous sommes encore capables de construire ?

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