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Capítulo 233

Dire oui une fois ne signifie pas promettre toujours

Un homme propose à sa partenaire une expérience sexuelle à trois avec une autre femme. Pour lui, l’idée correspond à un désir ancien. Sa partenaire n’éprouve pas…

Un homme propose à sa partenaire une expérience sexuelle à trois avec une autre femme. Pour lui, l’idée correspond à un désir ancien. Sa partenaire n’éprouve pas le même enthousiasme. Elle ressent pourtant une curiosité réelle, l’envie de lui faire plaisir et peut-être aussi une légère peur de paraître trop fermée.

Ils parlent de la personne, du lieu et de certaines limites. Ils préparent le moment. Beaucoup moins ce qui viendra après.

L’expérience a lieu. Elle ne provoque aucune crise visible. Lui en garde surtout l’excitation et la complicité ressenties. Elle en garde plusieurs impressions qu’elle ne sait pas encore nommer : une découverte, quelques images qui reviennent, le plaisir d’avoir offert quelque chose et la certitude qu’elle ne souhaite pas nécessairement le revivre.

Quelques jours plus tard, il parle déjà de recommencer. Il croit que l’expérience réussie a installé une nouvelle possibilité dans leur couple. Elle comprend alors que son accord ponctuel risque d’être interprété comme une préférence durable.

Ce qu’ils ont vécu n’apporte pas seulement une réponse à la question : « Étions-nous capables de le faire ? » L’expérience révèle pourquoi chacun a accepté, ce que chacun a reçu, ce que chacun a supporté et ce que le couple devra désormais faire de cette connaissance.

Un oui peut être sincère sans provenir du même désir chez les deux personnes. Il peut contenir de l’envie, de la curiosité, un sacrifice librement choisi ou plusieurs de ces mouvements à la fois.

La responsabilité commence donc avant l’expérience, dans la vérité du choix. Elle continue après, dans la manière dont nous accueillons ce que l’expérience nous apprend.

L’envie, la curiosité et le sacrifice ne racontent pas la même chose

Deux personnes peuvent accepter la même expérience pour des raisons très différentes.

L’une la désire réellement. Elle y pense, s’y projette et y trouve un plaisir personnel. L’autre est curieuse : elle ne sait pas si elle aimera, mais veut découvrir. Une troisième motivation peut être le sacrifice choisi : nous ne recherchons pas particulièrement la chose, mais nous acceptons un inconfort mesuré parce que le bonheur de notre partenaire compte pour nous.

Ces trois mouvements ne sont pas identiques.

Une envie personnelle peut donner le désir de répéter. Une curiosité peut être satisfaite en une fois. Un sacrifice peut rester supportable lorsqu’il est rare et devenir lourd s’il se transforme en habitude attendue.

Nous devons donc entendre la raison du oui, pas seulement le mot.

Si notre partenaire dit : « Je ne ressens pas le même désir que toi, mais je veux essayer une fois », nous ne devrions pas retenir uniquement « je veux essayer ». La différence d’enthousiasme fait partie de la vérité donnée. Elle ne sert pas à gâcher le moment ; elle indique ce qu’il faudra respecter ensuite.

De son côté, la personne qui accepte doit aussi chercher sa propre clarté. Faire plaisir n’est pas une motivation honteuse. Dans un couple, nous faisons beaucoup de choses parce que la joie de l’autre nous touche. Mais nous avons besoin de savoir jusqu’où ce don reste un choix que nous pouvons assumer, et à partir de quel point il devient un prix que nous paierons ensuite avec du ressentiment.

Un sacrifice choisi ne crée pas une dette à rembourser dans l’intimité

Faire plaisir peut être une véritable raison d’accepter. Nous ne choisissons pas uniquement ce qui nous procure un avantage personnel immédiat. Dans un couple, la joie de l’autre peut devenir une part de notre propre motivation.

Mais un sacrifice n’est responsable que s’il reste un choix que nous pouvons regarder sans nous abandonner.

Une personne peut accepter une expérience parce qu’elle sait combien elle compte pour son ou sa partenaire. Cela ne signifie pas que l’autre pourra désormais la réclamer comme le remboursement d’une faute pardonnée, d’un effort ancien ou d’un soutien apporté dans un autre domaine. Une dette affective ne se transforme pas en droit sur l’intimité.

La personne qui reçoit ce cadeau porte néanmoins une responsabilité. Elle ne devrait pas réduire le geste de l’autre à un simple oui facile à obtenir. Elle doit regarder l’inconfort éventuel, le temps de préparation et la confiance que l’expérience a demandés. Reconnaître ce coût ne signifie pas devoir offrir exactement l’expérience inverse. Cela signifie que les désirs, les efforts et les limites de l’autre devront recevoir une place tout aussi sérieuse.

La réciprocité ne demande donc ni un corps pour un corps, ni un acte pour un acte. Elle demande que personne ne soit toujours celui ou celle qui explore, s’adapte ou se dépasse pendant que l’autre transforme ses propres limites en frontières sacrées.

Un sacrifice librement choisi peut enrichir la relation. Utilisé comme créance ou comme précédent obligatoire, il cesse d’être un don et devient progressivement une dette que personne n’avait accepté de contracter.

Inverser les places peut révéler le coût que nous ne voyons pas

Un homme propose une expérience sexuelle avec deux femmes. L’idée lui paraît excitante et il espère que sa partenaire acceptera. Pour comprendre ce qu’il lui demande, il peut imaginer l’expérience inverse : sa partenaire avec deux hommes.

Sa réaction ne décide pas automatiquement de ce qui est juste. Elle révèle cependant une partie du coût qu’il pouvait ne pas regarder.

S’il répond immédiatement : « Jamais, je ne pourrais pas supporter cela », il rencontre peut-être la jalousie, la peur de la comparaison ou le bouleversement qu’il demandait à l’autre de dépasser. Ce miroir ne prouve pas qu’il doit accepter l’expérience inverse. Il l’empêche seulement de traiter l’inconfort de sa partenaire comme une petite résistance ridicule pendant qu’il considère le sien comme une limite sacrée.

La réciprocité n’est pas une symétrie mécanique.

Nous ne construisons pas un couple en disant : « Tu as accepté une femme, tu dois maintenant accepter un homme » ou « J’ai fait cela pour toi, tu me dois exactement la même chose. » La revanche ne transforme pas une limite en désir. Dans d’autres domaines, notre partenaire peut consentir à un effort qui nous coûte davantage, ou nous pouvons offrir quelque chose qui n’a aucun équivalent identique.

Le miroir sert à comprendre, pas à condamner.

Il nous aide à donner au prix de l’autre une réalité aussi sérieuse que celle que nous accordons spontanément au nôtre.

La réciprocité se construit dans la complémentarité

Nous n’apportons pas les mêmes choses au couple et nous ne faisons pas les mêmes sacrifices.

L’un peut accepter plus souvent des sorties qu’il n’aurait pas choisies. L’autre peut consacrer beaucoup de temps à un projet commun qui ne lui apporte pas le même plaisir immédiat. Dans l’intimité aussi, chacun peut explorer certaines demandes et refuser d’autres propositions sans qu’un tableau parfaitement symétrique apparaisse.

Ce qui compte n’est pas que chaque geste reçoive sa copie conforme. Nous devons pouvoir constater que le bonheur, les efforts, les limites et les désirs des deux personnes ont une place réelle.

Si toutes les curiosités de l’un deviennent des aventures communes tandis que les attentes de l’autre sont sans cesse repoussées, la complémentarité sert de prétexte à un déséquilibre. À l’inverse, si chaque don est immédiatement présenté comme une créance, la relation devient une comptabilité où plus personne n’offre librement.

Une réciprocité responsable pose des questions plus profondes : est-ce que je m’intéresse à ce qui fait plaisir à mon ou ma partenaire ? Est-ce que ses inconforts modifient ma manière de demander ? Est-ce que je peux aussi faire un pas dans des domaines qui ne sont pas mes préférés ? Est-ce que nos refus respectifs ont la même dignité ?

La complémentarité permet aux gestes d’être différents.

Elle ne permet pas à une seule personne de toujours recevoir.

Une attente comparable mérite au moins d’être regardée avec la même dignité

Certaines incohérences deviennent visibles dans des pratiques plus courantes.

Un homme peut demander régulièrement une fellation à sa partenaire tout en affirmant qu’un cunnilingus serait « sale ». Il considère comme légitime le plaisir qu’il reçoit et dévalorise une demande comparable lorsqu’elle concerne le plaisir de l’autre.

La question n’est pas de lui imposer un acte qu’il refuse.

La question est de savoir s’il peut regarder honnêtement le principe qu’il applique. Pourquoi le corps et le désir de sa partenaire deviennent-ils dégradants là où les siens lui semblent naturels ? Peut-il entendre ce qu’elle ressent lorsqu’une pratique attendue d’elle est méprisée sous sa forme inverse ?

La partenaire porte aussi sa part de clarté. Elle ne peut pas reprocher à l’homme de n’avoir jamais répondu à une attente qu’elle n’a jamais exprimée. Elle peut avoir supposé qu’il devrait comprendre, attendu qu’il propose spontanément, puis accumulé une frustration dont il ignore la source.

Parler n’oblige personne à accepter.

Parler permet de connaître le désir, le refus, la curiosité et les raisons qui les accompagnent. Nous pouvons découvrir une peur, une croyance, une mauvaise compréhension de ce que l’autre attend ou une limite qui restera. Cette vérité est plus utile qu’une fausse harmonie dans laquelle l’un reçoit, l’autre se tait et chacun invente les intentions de l’autre.

Une demande inconnue ne peut pas devenir un reproche ancien

Nous attribuons parfois à notre partenaire des années de négligence pour une attente que nous avons gardée secrète.

Nous nous disons : « S’il ou elle m’aimait vraiment, cette personne aurait dû savoir. » Pourtant, même une grande connaissance ne donne pas accès à tout notre monde intérieur. Nos désirs évoluent. Certains sont difficiles à formuler. D’autres semblent évidents uniquement parce que nous les avons répétés longtemps dans notre propre tête.

La responsabilité relationnelle demande que nous rendions nos attentes assez visibles pour qu’elles puissent être rencontrées, discutées ou refusées. Elle demande aussi que nous écoutions sans ridiculiser ce que l’autre ose enfin nommer.

Le silence peut protéger momentanément notre gêne, mais il nous prive d’une information essentielle : nous ne savons pas ce que notre partenaire aurait répondu. Nous souffrons alors d’un refus imaginé et nous jugeons la personne sur un choix qu’elle n’a jamais eu l’occasion de faire.

Lorsque nous parlons, la réponse peut nous décevoir. Au moins, elle appartient à la réalité.

Nous pouvons travailler avec une réalité. Nous ne pouvons construire qu’un procès avec une supposition.

Avant l’expérience, regarder plus loin que le moment désiré

L’excitation concentre notre attention sur le plaisir possible. La peur la concentre sur ce qui pourrait mal se passer. Dans les deux cas, notre regard peut perdre sa largeur.

Avant de décider, nous avons besoin d’examiner plusieurs dimensions : suis-je réellement à l’aise ? Qu’est-ce que je cherche ? Quelle partie de moi dit oui ou non ? Comment cette expérience pourrait-elle modifier ma perception de mon partenaire, mon désir, ma jalousie ou notre intimité ?

Il ne s’agit pas de prévoir chaque émotion avec certitude. Nous ne le pouvons pas.

Il s’agit de ne pas appeler « surprise » une conséquence que nous avions refusé de regarder. Une personne peut croire qu’elle distinguera facilement l’expérience partagée d’une relation affective. Elle peut découvrir ensuite une comparaison persistante, une image difficile à oublier ou le désir de répéter. Une autre peut craindre une catastrophe et constater que rien de ce qu’elle redoutait ne s’est produit.

La préparation ne garantit pas le résultat.

Elle vérifie que nous ne réduisons pas une décision importante à l’intensité de l’instant. Elle donne également au couple des mots pour reconnaître ce qui arrivera ensuite, au lieu de laisser chacun interpréter seul le silence de l’autre.

Ce que nous apprenons après un oui appartient au prochain choix

Nous pouvons avoir donné un accord libre, puis découvrir que l’expérience ne nous convient pas ou qu’elle a des effets que nous n’avions pas imaginés. Cette information ne transforme pas automatiquement le premier choix en faute. Elle modifie ce que nous savons pour la suite.

Le partenaire peut être déçu de ne pas recommencer. Il ne peut pas traiter cette déception comme une dette créée par le premier oui. La liberté qui rendait l’expérience possible doit rester présente après elle. Sinon, l’accord initial devient un piège dont la personne ne connaissait pas la durée.

Nous pouvons parler de ce qui a été agréable, difficile ou encore confus sans devoir donner immédiatement un verdict total. Un regret mérite une écoute ; il ne prouve pas toujours qu’une faute a été commise. Une pression ou une limite non respectée, en revanche, demande un examen propre, indépendamment du plaisir éventuellement ressenti. Préparer l’après signifie laisser la place à cette vérité nouvelle. La qualité du lien se mesure aussi à sa capacité d’accueillir un changement de préférence sans transformer la confidence en argument pour obtenir autre chose.

L’accord sur une expérience ne réécrit pas tout le modèle relationnel

Après une expérience partagée avec une autre personne, l’un peut croire qu’un nouveau modèle de relation a été adopté. L’autre peut n’avoir accepté qu’un moment précis. Le premier oui ne suffit pas à trancher cette différence.

Il faut distinguer la personne, la situation, les limites et les suites réellement discutées. Un contact séparé, une répétition ou une autre intimité ne sont pas automatiquement contenus dans l’accord initial. L’expérience peut apprendre quelque chose de nouveau sans donner un mandat général pour l’utiliser à sa guise.

Cette précision protège également celui qui découvre qu’il ne souhaite plus recommencer. Son ressenti présent n’annule pas forcément la sincérité du premier choix. Nous pouvons reconnaître ce qui a été agréable et poser maintenant une limite. La conversation devient plus juste lorsqu’elle cherche ce que chacun a compris et ce qu’il choisit aujourd’hui, plutôt que d’utiliser le souvenir du oui pour retirer toute liberté au prochain moment.

Un accord partagé ne vaut pas accord avec chaque tiers ni pour chaque usage

Dans une expérience impliquant d’autres personnes, les accords ont un périmètre. Accepter une rencontre ne signifie pas autoriser des contacts séparés cachés, une répétition ou la conservation d’images. Chaque personne concernée garde sa voix.

La préparation doit pouvoir porter sur l’après : ce qui peut être raconté, les contacts souhaités ou refusés, le droit de ne pas recommencer et la manière d’accueillir une impression différente. Il ne s’agit pas de prévoir chaque sentiment à l’avance. Il s’agit de ne pas transformer l’incertitude future en permission pour celui qui voudrait aller plus loin.

Lorsque l’expérience révèle une limite, cette information appartient au prochain choix. Elle ne prouve pas automatiquement que le premier accord était faux. En revanche, si une pression, une tromperie ou une limite violée apparaît, ces actes doivent être examinés pour eux-mêmes. Le regret, le plaisir et le consentement répondent à des questions différentes.

Une expérience partagée n’est pas une permission parallèle

Une confusion peut apparaître après une exploration commune.

Parce que le couple a accepté une expérience avec une autre personne, l’un des partenaires peut penser que la frontière de la relation a définitivement changé. Il ou elle entretient alors une conversation secrète, recontacte cette personne ou poursuit ailleurs ce qui avait été décidé ensemble.

L’accord initial ne dit pas cela.

Participer ensemble à une expérience ne signifie pas autoriser une relation parallèle. Accepter une présence précise dans un cadre défini ne signifie pas permettre à chacun d’élargir seul les limites du couple. Si une règle doit changer, elle doit être nommée comme une nouvelle décision, pas glissée dans l’ombre d’un ancien oui.

Cette distinction protège aussi la personne qui avait accepté par curiosité. Elle n’a pas forcément choisi une nouvelle organisation relationnelle. Elle a peut-être simplement voulu vivre un moment avec son ou sa partenaire.

Nous devons résister à la tentation d’utiliser la lettre d’un accord contre son esprit. « Tu avais accepté » ne suffit pas lorsque ce qui est fait aujourd’hui n’est plus ce qui avait été proposé.

Un oui précis ne doit pas devenir une clé qui ouvre toutes les portes que nous avions laissées fermées.

Préparer l’après compte autant que préparer le moment

Nous pouvons discuter du lieu, des personnes, de ce qui sera fait ou non et oublier le retour à la vie du couple.

Pourtant, l’après peut révéler ce que l’excitation avait couvert. L’un se sent apaisé, l’autre devient silencieux. Une comparaison apparaît. Une image revient. Une personne veut parler tout de suite tandis que l’autre a besoin de comprendre ce qu’elle ressent avant de trouver ses mots.

Préparer l’après signifie reconnaître avant l’expérience que ces réactions sont possibles. Nous pouvons nous demander comment nous nous parlerons, ce qui aidera chacun à se sentir encore choisi(e), comment nous dirons qu’une limite a été touchée et comment nous accueillerons la possibilité que l’un ne veuille pas recommencer.

Il ne suffit pas de promettre que tout ira bien.

Cette promesse peut devenir une prison : celui ou celle qui souffre n’ose plus parler parce qu’il ou elle avait affirmé être prêt(e). Une préparation plus honnête dit : « Nous voulons que cela se passe bien, et si une difficulté apparaît, elle aura le droit d’être nommée. »

La responsabilité ne consiste pas à garantir une émotion future que nous ne contrôlons pas. Elle consiste à ne pas abandonner l’autre devant les conséquences d’un choix que nous avons construit ensemble.

Après l’expérience, mon ressenti devient une information nouvelle

Nous pouvons participer librement, faire de notre mieux pour que le moment soit respectueux et découvrir seulement ensuite ce que nous n’étions pas capables de prévoir.

Une personne peut dire : « Je l’ai vécu avec toi. Je sais que cela t’a fait plaisir. Je ne regrette pas nécessairement d’avoir essayé, mais je comprends maintenant que je ne souhaite pas recommencer. » Cette parole ne retire rien à la sincérité du choix initial. Elle ajoute une information que l’imagination seule ne pouvait pas fournir.

L’absence de crise visible ne prouve pas que les deux personnes ont vécu la même chose. L’une peut avoir ressenti du plaisir ; l’autre, de la curiosité satisfaite. L’une peut vouloir répéter ; l’autre peut éprouver surtout le soulagement d’avoir découvert sa limite. Le calme de l’instant ne constitue donc ni une promesse, ni un bilan complet.

Une autre vérité doit rester visible. Si la demande avait été claire, si rien d’essentiel n’avait été caché et si nous avions réellement choisi, nous ne devrions pas transformer après coup notre découverte en faute automatiquement imputée au ou à la partenaire. Nous pouvons assumer d’avoir dit oui tout en reconnaissant que l’expérience nous donne désormais une réponse différente.

Celui ou celle qui a proposé répond de la manière dont la demande a été formulée et dont l’après sera accueilli. Celui ou celle qui a accepté répond de la clarté avec laquelle il ou elle partage ce qui a été découvert.

L’expérience ne doit être ni utilisée pour enfermer l’autre, ni réécrite pour nier notre propre choix. Elle devient utile lorsque la vérité qu’elle produit peut être reçue des deux côtés.

Demander de recommencer exige d’écouter ce que la première fois a produit

Avant de proposer une nouvelle expérience, nous gagnons à ne pas interpréter trop vite l’absence de conflit comme une satisfaction commune.

Que reste-t-il chez chacun ? Une envie plus forte ? Une curiosité désormais satisfaite ? Une comparaison difficile ? Un sentiment de proximité ? Une jalousie inattendue ? Le plaisir d’avoir offert quelque chose sans désir de le renouveler ?

Cette conversation ne sert pas seulement à obtenir une nouvelle réponse. Elle permet de découvrir si les deux personnes parlent encore de la même expérience. Celui qui souhaite recommencer pense peut-être au plaisir vécu. Celui ou celle qui refuse pense au coût apparu seulement après.

Nous pouvons exprimer qu’un désir reste important sans présenter sa répétition comme la suite normale de ce qui a déjà été vécu. L’autre peut reconnaître notre déception sans promettre de la résoudre par un nouveau sacrifice.

Si une demande revient sans que l’expérience précédente ait été réellement comprise, le couple accumule des propositions là où il lui manquait d’abord une lecture commune. La nouveauté suivante ne réparera pas automatiquement ce que la première a laissé sans mots.

Avant de chercher une nouvelle permission, il faut parfois recevoir toute l’information contenue dans l’ancienne expérience.

Dire non à la répétition peut honorer le oui qui a précédé

Un nouveau refus ne rend pas nécessairement le premier accord faux. Il peut précisément montrer que la personne a pris son expérience au sérieux.

Elle a essayé, observé et découvert. Elle ne transforme pas son oui en erreur ; elle lui donne une limite. Refuser de recommencer peut préserver le don qui avait été fait librement au lieu de le laisser devenir une habitude supportée avec ressentiment.

Celui ou celle qui espérait une répétition peut être sincèrement déçu(e). Respecter la nouvelle réponse ne demande pas de nier cette déception ni la différence qu’elle révèle. Certaines divergences intimes ont des conséquences réelles sur ce que le couple pourra construire.

Un nouveau oui peut également être vrai, heureux et désiré. La valeur ne réside pas dans l’élargissement permanent des pratiques ni dans le refus systématique de les explorer. Elle réside dans la vérité de ce que chacun est désormais capable d’assumer.

Le couple ne grandit pas parce qu’il dit toujours oui. Il grandit lorsque ce qui a été découvert peut modifier honnêtement la décision suivante.

Ce que nous faisons après décide de la place que l’expérience prendra dans le couple

Une expérience peut devenir un souvenir complice, une limite mieux comprise, un sujet sensible, une attente nouvelle ou la révélation d’une différence importante. Ce n’est pas seulement ce qui s’est passé qui détermine sa place. C’est la manière dont le couple en parle et agit ensuite.

Lorsque l’un veut recommencer et l’autre non, plusieurs réalités doivent rester visibles. Le premier désir n’est pas honteux parce qu’il persiste. La nouvelle limite n’est pas une trahison parce qu’elle apparaît après. Et l’expérience commune ne devient pas une autorisation d’entretenir secrètement une relation parallèle pour obtenir ce que le couple ne souhaite plus partager.

Nous pouvons décider de laisser cette expérience unique. Nous pouvons revoir certaines conditions si les deux personnes en ont réellement envie. Nous pouvons aussi reconnaître que la différence révélée touche une dimension importante de notre relation et qu’elle aura des conséquences sur nos choix futurs.

Aucune de ces possibilités ne doit être obtenue en utilisant l’ancien oui comme preuve que l’autre nous doit encore quelque chose.

Préparer l’après signifie précisément accepter qu’une expérience puisse produire une réponse différente de celle que nous espérions. Cela signifie rester présent(e)s lorsque l’excitation est terminée, lorsque les comparaisons apparaissent, lorsque l’un veut parler et que l’autre cherche encore ses mots.

Une exploration n’enrichit pas automatiquement le couple parce qu’elle est nouvelle ou audacieuse. Elle l’enrichit lorsque la vérité qu’elle produit reçoit une place, lorsque personne n’est abandonnée devant ses conséquences et lorsque le désir de l’un ne transforme pas le sacrifice de l’autre en abonnement permanent.

Nous pouvons vivre une expérience une fois, en conserver la valeur et décider qu’elle ne définira pas la suite.

Le véritable après ne consiste pas à demander : « Avons-nous le droit de recommencer ? »

Il consiste d’abord à comprendre : « Qu’avons-nous découvert sur nous, et que voulons-nous construire avec cette vérité ? »

Les questions qui m’aident à rendre sa juste portée à mon oui

Dans mon accord, quelle part venait de mon désir, de ma curiosité, du plaisir de faire plaisir, d’un sacrifice choisi ou de la peur de perdre quelque chose, et qu’est-ce que je gagne ou risque de perdre en refusant de distinguer ces motivations ?

Lorsque je propose une expérience, est-ce que je regarde son coût pour mon ou ma partenaire avec la même gravité que je regarderais le mien si les places étaient inversées, sans transformer ce miroir en dette ni en revanche ?

Ai-je défini avec mon ou ma partenaire ce que l’expérience autorise réellement et ce qu’elle n’autorise pas, notamment pour qu’un moment partagé ne soit jamais utilisé comme permission d’entretenir une relation parallèle ?

Ai-je préparé avec mon ou ma partenaire l’après : la possibilité d’une jalousie, d’une comparaison, d’un silence, d’un désir accru ou d’une décision de ne pas recommencer ?

Maintenant que l’expérience m’a donné une information que je ne possédais pas avant, quel choix protège à la fois ma vérité, celle de mon ou de ma partenaire et le couple que nous voulons encore construire ?

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