Il arrive qu’une personne ne sache plus répondre à une question pourtant simple :
« Qu’est-ce qui te fait plaisir ? »
Elle sait ce que les enfants aiment manger. Elle connaît les horaires de son partenaire, les besoins de la famille, les urgences du travail et les problèmes à résoudre.
Mais lorsqu’il s’agit d’elle, les réponses deviennent vagues.
« J’aimerais seulement que tout aille bien. »
Elle ne nomme plus une musique, une sensation, un lieu ou une activité qu’elle désire réellement vivre. La souffrance et les obligations ont occupé l’espace où ses goûts parlaient autrefois.
Cette personne attend parfois que son partenaire la rende heureuse, alors qu’elle ne sait plus elle-même quel chemin conduit à sa joie.
Il faut retrouver cette mémoire.
La journée parfaite est un exercice de projection. Elle ne promet pas une vie sans contraintes. Elle nous aide à découvrir ce que nous avons cessé d’écouter, puis à construire une version possible de ce qui nous nourrit.
Nous pouvons oublier nos goûts à force de remplir des fonctions
Parent, partenaire, enfant de ses parents, professionnel, soutien de la famille : chaque rôle demande quelque chose.
À force de répondre, nous pouvons ne plus savoir ce que nous choisirions si personne ne nous demandait rien pendant quelques heures.
Ce vide ne prouve pas que nous n’aimons plus rien.
Il montre souvent que notre mémoire du plaisir est rouillée. La première liste sera peut-être courte : dormir, manger, regarder un film. Puis d’autres images apparaîtront : marcher tôt le matin, peindre, prendre un train, apprendre, danser, prier ou rester longtemps devant un paysage.
Nos goûts reviennent lorsqu’ils comprennent que nous avons enfin l’intention de les écouter.
Retirons momentanément les autres de l’exercice
Imaginons une journée dans laquelle les enfants, le partenaire, les parents, les amis et le travail n’ont momentanément besoin de rien.
Ils ne disparaissent pas de notre vie. Ils sortent seulement de l’exercice afin que nous distinguions nos désirs personnels des fonctions remplies pour eux.
Cette consigne peut provoquer de la culpabilité.
Certaines personnes ne savent imaginer une joie que si elle sert également quelqu’un. Elles prévoient immédiatement le repas de la famille ou ce que le partenaire aimerait visiter.
Pour un instant, nous devons rester le principal bénéficiaire.
Nous ne construisons pas une journée contre ceux que nous aimons. Nous cherchons la personne qui existe aussi lorsqu’elle ne se définit pas uniquement par ce qu’elle leur donne.
Décrivons au lieu de dresser une liste vague
« Voyager », « me reposer » ou « sortir » reste trop général.
Dans la journée parfaite, décrivons.
À quelle heure nous réveillons-nous ? Quelle lumière entre dans la pièce ? Que mangeons-nous ? Sommes-nous dans le silence ou accompagnés d’une musique ? Marchons-nous, lisons-nous, créons-nous, visitons-nous un lieu ?
La description révèle ce que le mot cachait.
Ce n’est peut-être pas le voyage qui nous manque, mais la nouveauté. Pas le restaurant, mais le fait de sortir de notre rôle habituel. Pas la solitude, mais l’absence de demandes pendant quelques heures.
Plus le désir devient précis, plus nous pouvons chercher plusieurs manières de le réaliser.
Imaginons d’abord, adaptons ensuite
L’adulte corrige très vite ses rêves.
« Je n’ai pas l’argent. Je n’ai pas le temps. Ce n’est pas raisonnable. »
Ces contraintes existent. Mais les introduire au premier instant empêche de découvrir ce que nous cherchons réellement.
La première étape demande : « Si cela était possible, qu’aimerais-je vivre ? »
La seconde demandera : « Quelle part de cette expérience peut entrer dans ma réalité actuelle ? »
Nous rêvons peut-être d’une plage lointaine. Que représente-t-elle : le soleil, l’eau, l’espace, le silence ou l’impression d’être loin des obligations ?
Une partie de cette sensation peut parfois être atteinte autrement. La substitution ne prétend pas qu’une promenade locale est le voyage rêvé. Elle refuse seulement que l’absence d’un chemin ferme tous les accès à la sensation recherchée.
La journée rêvée doit rencontrer un calendrier
Une projection qui ne devient jamais action peut approfondir la frustration.
Après avoir décrit la journée parfaite, choisissons une part réalisable. Pas nécessairement la moitié, ni dans un délai irréaliste. Choisissons assez pour que le désir quitte le papier.
Bloquons un moment. Préparons ce qui doit l’être. Demandons de l’aide si une responsabilité doit être relayée.
La journée réelle sera imparfaite.
Un retard, une fatigue ou une contrainte modifiera le scénario. Son utilité ne dépend pas de la reproduction exacte du rêve. Elle dépend du mouvement par lequel nous avons commencé à traiter notre joie comme une responsabilité réelle.
Les petites doses comptent. Une chanson ne remplace pas des vacances. Elle peut changer la qualité d’un moment. Une promenade ne résout pas le conflit du couple. Elle peut rendre à notre esprit assez d’espace pour ne pas entrer dans la prochaine conversation entièrement vidé.
Notre partenaire peut participer sans recevoir la mission
L’exercice commence sans le partenaire pour retrouver notre voix. Cela ne signifie pas que toutes nos joies doivent ensuite rester solitaires.
Nous pouvons lui expliquer ce que nous avons découvert, l’inviter à certaines expériences et lui demander de protéger un temps important.
Le danger serait de lui remettre la liste comme un cahier d’obligations : « Maintenant que je sais ce qui me rend heureux, c’est à toi de le produire. »
Notre partenaire peut contribuer.
Nous restons responsables d’organiser plusieurs chemins qui ne dépendent pas entièrement de sa disponibilité, de son intuition ou de son humeur.
Une journée agréable peut nous rendre du souffle. Elle ne remplace pas les limites, les conversations et les décisions que la réalité exige.
La joie responsable nous reconnecte à notre pouvoir. Elle ne nous endort pas dans une vie que nous refusons continuellement de regarder.
À quoi ressemble une journée qui me ressemble ?
- Qu’est-ce qui me fait personnellement du bien aujourd’hui ?
- Quelle sensation se cache derrière mon rêve le plus difficile ?
- Quelle version accessible pourrait m’en rendre une part ?
- Quel moment précis puis-je inscrire dans les deux prochaines semaines ?
- De quelle aide ai-je besoin pour protéger ce rendez-vous ?




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