Un soir, mon épouse et moi étions invités à une réception.
Un homme s’est mis à la séduire alors qu’il était assez évident que nous étions venus ensemble. Peut-être me prenait-il pour son frère. Peut-être choisissait-il simplement de ne pas voir ce qui le dérangeait.
Mon épouse est aussi ma meilleure amie. Lorsqu’elle m’a fait remarquer son manège, elle a plaisanté : « Tu vois, il y en a qui savent apprécier le produit. »
Je lui ai répondu qu’il appréciait surtout l’emballage. Il voyait une femme souriante et élégante pendant quelques minutes. Moi, je connaissais aussi la réalité du terrain. S’il le souhaitait, je pouvais lui fournir quelques informations avant qu’il transforme une impression en certitude.
Nous avons ri.
Je ne disais pas que mon épouse était une mauvaise personne. Si nous sommes encore ensemble, c’est parce qu’elle possède de nombreuses qualités que j’aime et que nous avons appris à progresser ensemble.
Je disais seulement qu’une personne aperçue dans sa lumière la plus favorable n’est pas encore une personne connue.
Au début d’une relation, nous regardons parfois la coque et imaginons tout le navire. Une allure, quelques confidences et l’intensité de notre désir deviennent les preuves d’une perfection que nous avons largement complétée nous-mêmes.
Puis la vie nous donne les informations qui manquaient.
La perfection du début n’était pas toujours un mensonge. Elle était souvent une présentation partielle.
Chacun montre d’abord ce qu’il sait offrir de mieux
Une première rencontre ressemble elle aussi à un entretien d’embauche.
Nous choisissons nos vêtements, surveillons notre ton, écoutons davantage et mettons en avant notre douceur, notre ambition ou notre humour. Nous ne présentons pas spontanément notre désordre, nos impatiences et nos rancunes.
Cette sélection n’est pas automatiquement une manipulation. Il est naturel de vouloir plaire. Nous montrons une partie vraie de nous, celle que nous souhaitons mettre en avant.
Le problème commence lorsque l’autre prend cette partie pour la totalité, ou lorsque nous utilisons délibérément cette version pour obtenir la relation avant d’abandonner ce qu’elle promettait.
La personne attentive du début n’était pas forcément fausse. Elle ne nous avait simplement pas encore montré ce qui apparaîtrait avec la fatigue, la frustration et la sécurité acquise.
Connaître quelqu’un demande donc autre chose que vérifier s’il peut être merveilleux pendant la séduction. Il faut découvrir ce qu’il devient lorsque le désir d’obtenir laisse place au devoir d’entretenir.
L’émotion éclaire un instant
Lorsque quelqu’un nous plaît, l’émotion agrandit ce qui la nourrit.
Nous remarquons son sourire, les ressemblances et les attentions qui confirment notre espoir. Les informations moins agréables semblent petites ou provisoires.
Une émotion forte dit : « Ce moment me plaît. Cette personne éveille quelque chose en moi. »
Elle ne dit pas encore : « Nous saurons gérer l’argent, respecter nos différences, rester loyaux sous la pression et réparer nos offenses. »
Nous demandons parfois à un sentiment présent de certifier des comportements futurs qu’il n’a jamais observés.
L’émotion n’est pas fausse. Elle devient trompeuse lorsque nous lui donnons le statut de preuve complète.
Nous prêtons nos définitions à la personne désirée
Nous supposons facilement qu’une personne qui nous ressemble sur un point nous ressemblera sur les autres.
Il aime les enfants, donc il sera un parent attentif. Elle travaille beaucoup, donc elle saura construire avec nous. Il parle de respect, donc il protégera nos limites.
Entre ce qui est observé et ce qui est conclu, nous ajoutons beaucoup de nous-mêmes.
Nous prêtons à l’autre notre définition des mots fidélité, famille, engagement ou soutien. Lorsque ses comportements révèlent une autre définition, nous avons le sentiment d’avoir été trompés.
Il peut y avoir eu tromperie. Il peut aussi y avoir eu une question que personne n’a posée et une réponse que notre imagination a rédigée seule.
Nos anciennes relations devraient améliorer nos questions, pas condamner la nouvelle personne. Que n’avions-nous pas voulu voir ? Qu’avions-nous supposé sans vérifier ? Quelles limites avions-nous abandonnées par peur de perdre ?
L’expérience devient utile lorsqu’elle rend notre enthousiasme plus attentif.
Un défaut n’est pas toujours une incompatibilité
Toute personne possède des comportements que nous n’aimerons pas.
Un défaut ne se juge pas uniquement parce qu’il nous déplaît. Regardons sa nature, sa fréquence, ses conséquences et la manière dont la personne réagit lorsqu’il est nommé.
Fait-elle un effort ? Comprend-elle le prix payé par l’autre ? Le comportement diminue-t-il ou s’installe-t-il ? Peut-il être organisé, compensé ou travaillé ?
La personne compatible n’est pas celle dont chaque caractéristique nous plaît. C’est aussi celle avec laquelle les difficultés peuvent être reconnues sans détruire continuellement la paix du foyer.
Mais toutes les découvertes n’ont pas le même poids. Une habitude agaçante n’est pas une violence. Un désordre n’est pas un mépris répété des limites.
L’amour adulte ne dit pas : « Tout le monde a des défauts, donc je dois tout accepter. »
Il demande : « Que produit ce comportement ? Existe-t-il une volonté de le corriger ? Que deviendra ma vie s’il reste exactement le même ? »
Dire que l’autre a changé demande une enquête
Plusieurs réalités peuvent se cacher derrière cette impression.
La personne a réellement évolué. Elle a cessé les efforts du commencement. Nous avons découvert une facette ancienne. Notre propre comportement a modifié sa manière de vivre la relation.
Ces possibilités peuvent coexister.
Quels comportements ont disparu ? Lesquels sont nouveaux ? Qu’avions-nous déjà observé mais minimisé ? Qu’avons-nous nous-mêmes arrêté de faire ?
Cette enquête ne distribue pas mécaniquement la faute. Elle empêche une décision importante de reposer sur une histoire trop simple.
Pendant que nous découvrons l’autre, il nous découvre aussi : notre rapport à l’argent, notre susceptibilité, notre famille, nos silences et notre capacité à reconnaître une erreur.
Au lieu de réclamer le retour de la personne idéale, nous pouvons demander : « Qu’avons-nous chacun laissé apparaître ou disparaître ? »
La nouveauté doit être remplacée par des raisons réelles
Au commencement, chaque message et chaque confidence donnent l’impression d’entrer dans un monde nouveau.
Cette énergie diminue naturellement. Nous ne pouvons pas rencontrer éternellement pour la première fois la personne avec laquelle nous vivons.
Le relais vient des qualités entretenues, des projets, des excuses sincères, des corrections visibles et de la capacité à créer encore des moments vivants.
Être réaliste ne tue pas le rêve. Cela laisse assez de place à la réalité pour que notre amour s’adresse à une personne plutôt qu’à une création de notre imagination.
Au premier regard, nous choisissons surtout une possibilité. Avec le temps, nous rencontrons une personne plus complète : ses qualités dans la durée, ses défauts, ses efforts, ses refus et sa manière de réparer.
C’est alors que le choix gagne en profondeur.
Le temps ne sert pas seulement à faire durer la relation. Il sert à rendre notre choix plus informé.
Que savais-je réellement au commencement ?
- Quelle partie de l’autre avais-je prise pour sa totalité ?
- Quelle réponse mon imagination a-t-elle donnée sans question ?
- Ce défaut révèle-t-il une différence ou une incompatibilité ?
- Quel comportement actuel confirme ou corrige ma première impression ?
- Puis-je choisir la personne entière plutôt que la présentation initiale ?




Commentaires 0
Un espace de réflexion respectueux. Chaque commentaire est relu avant publication.