Chapitre 6 : Ce qui nous est fait et ce que nous faisons ensuite | Save Mon Couple
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Aperçu gratuit · Chapitre 6 sur 25

Ce qui nous est fait et ce que nous faisons ensuite

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THIERRY BERTRAND︵⌇L’ÉDITION INTÉGRALE
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Sommaire
1IntrospectionLa remise en question vérifie nos choix, pas notre valeur2IntrospectionLe poids d’une chose dépend aussi du temps pendant lequel nous la tenons3IntrospectionNous nous aimons déjà, mais pas toujours de la bonne manière4IntrospectionLes trois écrans de nos choix5IntrospectionLa valeur relationnelle se donne, se reçoit et se tient6ResponsabilitéCe qui nous est fait et ce que nous faisons ensuite7ResponsabilitéLe problème commence là où nous nous abandonnons8ResponsabilitéNe pas ajouter notre destruction à la faute reçue9ResponsabilitéFaire notre part sans porter toute l’insatisfaction de l’autre10ResponsabilitéNe pas faire payer son corps pour la faute de l’autre11ResponsabilitéAimer l’autre sans nous retirer de notre propre vie12ResponsabilitéL’humilité dit toute la vérité sur nous13ResponsabilitéNe plus supplier sans supprimer les devoirs14ResponsabilitéLe mot toxique ne doit pas effacer notre part15ResponsabilitéNe supplions pas l’amour quand nous apportons de la lumière16ResponsabilitéUne idée doit être éprouvée avant de guider notre vie17ResponsabilitéUn principe doit nous servir, pas nous enfermer18ResponsabilitéUne décision se construit avant de s’assumer19Vie personnelleQuand l’espoir du couple s’éteint, notre vie ne doit pas s’éteindre avec lui20Vie personnelleNe venons pas vides demander à l’autre de nous remplir21Vie personnelleNous aimons une personne, mais aussi la vie qu’elle réveille en nous22Vie personnelleUne maison a brûlé, ne devenons pas l’incendiaire des neuf autres23Vie personnelleLa gratitude remet toute la vie dans le cadre24Vie personnelleRéinviter la joie avant le retour de l’envie25Vie personnelleUn sourire peut être la première corde

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Chapitre 69 min de lecture · texte intégral

Ce qui nous est fait et ce que nous faisons ensuite

Quelqu’un nous trahit.

Qui est responsable de la trahison ? Cette personne.

La blessure trouble notre sommeil, notre appétit, nos pensées et notre manière de regarder la relation. Cette onde de choc vient de l’acte subi.

Puis les semaines passent.

Nous abandonnons un projet. Nous nous éloignons de nos amis. Nous surveillons chaque mouvement de notre partenaire. Nous humilions à notre tour, refusons une aide ou restons dans une situation dont nous disons chaque jour qu’elle détruit notre vie.

Une autre question apparaît alors : qui peut encore agir sur ce qui vient maintenant ?

Cette question est délicate. Elle peut sembler retirer la faute à la personne qui nous a blessés ou réduire notre douleur à un manque de volonté.

Ce n’est pas ce qu’elle dit.

Deux vérités doivent rester ensemble.

Ce qui nous est fait possède un pouvoir réel. Une trahison peut briser, une humiliation peut marquer, une violence peut traumatiser, une menace peut réduire notre liberté et une longue emprise peut affaiblir notre capacité à décider.

Mais reconnaître cet impact n’oblige pas à lui abandonner le gouvernement de toute la suite.

La responsabilité relationnelle ne déplace pas la faute. Elle cherche la part de pouvoir encore disponible aujourd’hui.

Un événement contient plusieurs dossiers

Après une blessure, nous mélangeons facilement tout dans une même phrase :

« À cause de toi, je suis devenu comme ça. »

Cette phrase contient peut-être une vérité. Le comportement de l’autre a pu déclencher une peur, une colère ou une transformation profonde. Mais plusieurs réalités doivent être séparées pour savoir où agir.

Il y a l’acte subi : ce que l’autre a dit, fait, caché, détruit ou refusé.

Il y a l’impact immédiat : la douleur, la peur, la colère, la honte, la perte de confiance ou l’impression que le monde vient de changer.

Il y a notre interprétation : « Je ne vaux rien », « personne n’est fiable », « je dois me venger », « si je pars, je ne serai plus jamais heureux ».

Il y a l’impulsion : crier, fuir, vérifier, supplier, se taire ou rendre la même douleur.

Il y a enfin notre réponse, ses effets et la décision que nous préparons pour la suite.

Ces dossiers communiquent. Ils ne se confondent pas.

L’auteur de la blessure reste responsable de son acte. L’impact n’est pas une faute de la personne blessée. Une émotion n’est pas encore une décision. Une impulsion n’est pas encore une conduite. Une explication n’est pas une excuse. Et notre réponse, même compréhensible, doit encore être examinée selon ce qu’elle construit.

Une cause n’est pas un souverain

Notre partenaire peut être la cause réelle d’une partie de notre souffrance. Le nier réécrirait les faits. Plus une personne avait accès à notre intimité, plus sa faute peut pénétrer profondément.

Mais causer quelque chose ne signifie pas posséder éternellement tout ce qui en découlera.

Une personne peut déclencher notre colère sans choisir les mots que nous prononcerons deux heures plus tard. Elle peut briser notre confiance sans décider si nous abandonnerons aussi notre travail, nos enfants, notre santé ou toutes nos amitiés. Elle peut rendre un chemin très difficile sans devenir l’auteur de chacun de nos pas futurs.

La causalité demande : « Qu’est-ce qui a provoqué ou influencé cet état ? »

La souveraineté demande : « À qui remettons-nous maintenant le dernier mot sur notre vie ? »

Reprendre ce dernier mot ne change pas l’histoire. Cela empêche seulement le passé de continuer à signer seul toutes les décisions présentes.

Nous ne choisissons pas la première vague

Nous ne décidons pas toujours d’avoir peur, d’être tristes ou de sentir la colère monter.

Le corps réagit parfois avant la pensée. Une porte qui claque peut nous faire sursauter. Un message tardif peut réveiller une ancienne trahison. Une voix qui se durcit peut ramener une peur que nous pensions avoir dépassée.

Dire à quelqu’un « tu as choisi d’être triste » ne lui rend pas du pouvoir. Cela ajoute souvent de la honte à la douleur.

Notre marge commence rarement au premier instant. Elle apparaît parfois après quelques respirations, une nuit, une conversation, un éloignement temporaire ou l’appui d’une autre personne. Elle peut être large dans une contrariété ordinaire et très réduite sous la peur, la dépendance, le traumatisme ou l’emprise.

La responsabilité n’est donc pas un interrupteur toujours complètement allumé. Elle ressemble à une marge mouvante qu’il faut repérer, protéger et agrandir.

L’émotion informe, elle ne commande pas

La colère signale qu’une limite, une attente ou une valeur semble avoir été atteinte.

La peur signale un danger ou une perte.

La tristesse signale qu’une réalité importante manque ou vient de disparaître.

La jalousie peut signaler une menace sur le lien, une comparaison douloureuse, une insécurité ancienne ou un accord devenu flou.

Ces émotions ont quelque chose à nous apprendre. Elles n’ont pas pour autant la compétence de choisir seules la meilleure réponse.

La colère peut vouloir humilier alors que nous cherchons la vérité. La peur peut vouloir surveiller alors que nous avons besoin d’une limite. La tristesse peut nous isoler au moment où un soutien nous serait utile. La jalousie peut condamner avant que les faits soient vérifiés.

Écouter une émotion, ce n’est pas lui obéir.

C’est lui demander : « Qu’essaies-tu de protéger ? Sur quels faits t’appuies-tu ? Quelle réponse servira réellement ce qui compte ? »

Notre logique contient des réponses écrites à l’avance

Nous portons une bibliothèque de scénarios.

Si l’on me trompe, je dois me venger. Si l’on me quitte, je dois supplier. Si l’on me manque de respect, je dois parler plus fort. Si mon partenaire demande de l’espace, c’est qu’il ne m’aime plus. Si je pardonne, je perds ma valeur.

Ces réponses viennent de nos familles, de nos anciennes relations, de nos croyances, de notre entourage ou des conclusions tirées d’une expérience. Elles relient une cause à un effet supposé obligatoire :

« S’il se passe ceci, je dois faire cela. »

Le problème n’est pas d’avoir un réflexe. Il est de ne jamais le réexaminer après avoir vu ses conséquences.

Après une dispute, nous disons parfois : « Ce n’était pas moi, c’était la colère. »

La colère explique une partie de la scène. Elle a accéléré le corps et rendu les conséquences moins visibles. Mais elle n’a ni bouche, ni mains, ni téléphone.

Assumer ne signifie pas prétendre que nous aurions pu rester parfaitement calmes. Cela signifie reconnaître la réponse produite, réparer ce qui peut l’être et préparer une autre manière d’interrompre l’escalade : une pause annoncée, un délai avant les messages, une personne à appeler ou un retour à la conversation à une heure définie.

Une pause n’est pas une fuite lorsqu’elle protège le dialogue et possède un chemin de retour.

Comprendre une réponse ne suffit pas à la rendre utile

Une personne continuellement humiliée peut devenir méfiante. Une personne trompée plusieurs fois peut surveiller. Une personne privée de toute parole peut finir par crier.

L’autre a donc pu influencer notre transformation.

Cependant, expliquer l’apparition d’un comportement ne décide pas de sa valeur et ne nous condamne pas à le conserver. La surveillance reste destructrice même lorsqu’elle est née d’une trahison. L’humiliation rendue reste une humiliation. Une jalousie qui enferme ne devient pas juste parce qu’elle possède une histoire.

Nous pouvons dire sans contradiction :

« Ce que tu as fait a contribué à ce que je devienne ainsi. »

« Je refuse pourtant de te laisser décider de ce que je vais continuer à devenir. »

La première phrase attribue la cause. La seconde reprend la direction.

Cette reprise peut demander de l’aide. Une conduite répétée peut devenir plus difficile à interrompre qu’au premier jour. Une souffrance profonde peut réduire l’énergie, le sommeil, la concentration et la capacité à accomplir des gestes autrefois simples.

La réponse responsable n’est ni « débrouille-toi » ni « tu ne peux rien faire tant que l’autre ne change pas ». Elle cherche le prochain mouvement réaliste et les appuis capables d’agrandir la marge disponible.

La violence change la nature de la question

Dans une situation de violence, de menace, de contrôle ou d’emprise, la première question n’est pas : « Quelle est ma part dans le conflit ? »

Elle est : « Comment retrouver de la sécurité ? »

Une côte cassée, une menace de mort, une séquestration, un rapport imposé, un contrôle financier ou une surveillance destinée à dominer ne sont pas de simples désaccords. L’auteur de ces actes en porte la responsabilité.

Avoir crié, contredit, voulu partir ou commis une faute n’accorde jamais à l’autre le droit de nous frapper. Deux actes peuvent avoir deux auteurs. L’un ne blanchit pas l’autre.

Il faut aussi cesser d’imaginer que la victime dispose de toutes ses capacités parce qu’une porte physique semble ouverte. Pouvoir aller au marché ne signifie pas pouvoir quitter une emprise.

Partir peut exiger un logement, de l’argent, des documents, la protection des enfants et une préparation face aux menaces. La bonne question n’est pas : « Pourquoi retournes-tu dans ton enfer ? » Elle devient : « Qu’est-ce qui te retient, quel danger existe et quelle ressource manque pour agrandir ta liberté réelle ? »

Connaître la colère d’une personne ne nous rend pas davantage responsables de sa violence. Nous pouvons éviter de la confronter seuls pour protéger notre sécurité, sans devenir les auteurs du danger que nous anticipons.

La prudence regarde l’avenir. L’attribution de la faute regarde l’acte. Elles doivent rester distinctes.

Trois cercles permettent de retrouver notre marge

Lorsque tout semble confus, nous pouvons dessiner trois cercles.

Dans le premier, plaçons ce que nous ne contrôlons pas : les pensées du partenaire, ses sentiments, ses décisions secrètes, son passé et sa volonté de changer.

Dans le deuxième, plaçons ce que nous pouvons influencer sans le garantir : la qualité du dialogue, la clarté de nos attentes, une proposition d’aide, une limite ou la possibilité d’une réparation.

Dans le troisième, plaçons ce que nous pouvons décider ou préparer : les mots que nous utilisons, la personne que nous appelons, l’accès que nous accordons, le soin que nous demandons, l’investissement que nous ajustons et la distance que nous prenons.

Nous épuisons souvent notre énergie dans le premier cercle. Nous essayons d’obtenir une volonté, un regret, une fidélité ou un amour que nous ne pouvons pas fabriquer, tandis que le troisième reste vide.

Reprendre notre responsabilité ne rend pas ce troisième cercle facile. Cela indique seulement l’endroit où notre effort peut redevenir une action plutôt qu’une attente.

Reprendre sa réponse ne signifie pas se réparer seul

La responsabilité personnelle devient inhumaine si elle transforme chaque aide en faiblesse.

Nous sommes responsables de chercher une issue, pas d’en posséder seuls tous les outils.

Une aide peut offrir du temps, un toit, une information, une présence ou la condition matérielle qui manquait à notre décision. Recevoir cette aide ne retire rien à notre responsabilité. Cela l’incarne.

Il existe une injustice particulière dans la réparation : nous devons parfois travailler sur une blessure que nous n’avons pas choisie.

Ce travail n’est pas un aveu de faute.

C’est le refus de laisser la personne qui a cassé quelque chose conserver aussi la propriété de notre avenir.

Pour approfondir

Ce que je peux encore construire après la blessure

  1. Quel fait précis dois-je séparer de ce qu’il me fait conclure ?
  2. Qu’est-ce que mon émotion essaie de protéger aujourd’hui ?
  3. Quelle réponse apprise risque d’agrandir la blessure ?
  4. Dans lequel des trois cercles est-ce que j’épuise mon énergie ?
  5. Quel prochain geste réaliste peut me rendre une part de pouvoir ?

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