Chapitre 11 : Aimer l’autre sans nous retirer de notre propre vie | Save Mon Couple
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Aperçu gratuit · Chapitre 11 sur 25

Aimer l’autre sans nous retirer de notre propre vie

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SAVE MON COUPLE
THIERRY BERTRAND︵⌇L’ÉDITION INTÉGRALE
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Sommaire
1IntrospectionLa remise en question vérifie nos choix, pas notre valeur2IntrospectionLe poids d’une chose dépend aussi du temps pendant lequel nous la tenons3IntrospectionNous nous aimons déjà, mais pas toujours de la bonne manière4IntrospectionLes trois écrans de nos choix5IntrospectionLa valeur relationnelle se donne, se reçoit et se tient6ResponsabilitéCe qui nous est fait et ce que nous faisons ensuite7ResponsabilitéLe problème commence là où nous nous abandonnons8ResponsabilitéNe pas ajouter notre destruction à la faute reçue9ResponsabilitéFaire notre part sans porter toute l’insatisfaction de l’autre10ResponsabilitéNe pas faire payer son corps pour la faute de l’autre11ResponsabilitéAimer l’autre sans nous retirer de notre propre vie12ResponsabilitéL’humilité dit toute la vérité sur nous13ResponsabilitéNe plus supplier sans supprimer les devoirs14ResponsabilitéLe mot toxique ne doit pas effacer notre part15ResponsabilitéNe supplions pas l’amour quand nous apportons de la lumière16ResponsabilitéUne idée doit être éprouvée avant de guider notre vie17ResponsabilitéUn principe doit nous servir, pas nous enfermer18ResponsabilitéUne décision se construit avant de s’assumer19Vie personnelleQuand l’espoir du couple s’éteint, notre vie ne doit pas s’éteindre avec lui20Vie personnelleNe venons pas vides demander à l’autre de nous remplir21Vie personnelleNous aimons une personne, mais aussi la vie qu’elle réveille en nous22Vie personnelleUne maison a brûlé, ne devenons pas l’incendiaire des neuf autres23Vie personnelleLa gratitude remet toute la vie dans le cadre24Vie personnelleRéinviter la joie avant le retour de l’envie25Vie personnelleUn sourire peut être la première corde

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Chapitre 118 min de lecture · texte intégral

Aimer l’autre sans nous retirer de notre propre vie

Dans une relation, notre partenaire n’est pas la seule personne que nous devons aimer.

Nous aussi, nous sommes là.

Nous pouvons lui consacrer du temps, de l’attention et de la tendresse. Nous pouvons veiller sur son corps, ses projets et sa paix. Nous pouvons traverser des périodes pendant lesquelles ses besoins prennent davantage de place que les nôtres.

Mais si tout l’amour circule toujours dans une seule direction, une personne finit par être protégée pendant que l’autre disparaît de sa propre protection.

Aimer ne demande pas que nous nous retirions de la liste des personnes dont la vie compte.

Le couple devient plus solide lorsque chacun peut dire :

« Je prendrai soin de toi. Je te demanderai aussi de prendre soin de moi. Et je resterai responsable de la vie qui se trouve entre mes propres mains. »

Nous faisons partie de ce que le couple doit protéger

Lorsque nous pensons à notre responsabilité relationnelle, nous regardons facilement ce que nous devons à notre partenaire : le respecter, l’écouter, l’assister, l’aider à s’épanouir et corriger ce qui, dans notre comportement, abîme sa vie.

Ces devoirs sont réels.

Mais le couple est composé de deux personnes. Protéger le couple signifie donc protéger aussi celle que nous sommes.

Notre sommeil, notre santé, notre dignité, nos émotions, nos projets, nos liens, notre sécurité et notre capacité à éprouver de la joie comptent. Nous ne devons pas devenir l’exception permanente aux principes de soin que nous appliquons à l’autre.

Si nous jugeons important qu’il se repose, pourquoi notre fatigue serait-elle toujours négociable ? Si ses ambitions méritent de l’espace, pourquoi les nôtres seraient-elles une menace ? Si nous l’encourageons à dire ce qui le blesse, pourquoi notre douleur devrait-elle se taire pour prouver que nous savons aimer ?

La responsabilité ne nous demande pas de choisir constamment entre l’autre et nous. Elle demande une manière d’aimer dans laquelle aucun des deux ne devient systématiquement sacrifiable.

S’aimer ne signifie pas n’avoir besoin de personne

Certaines phrases présentent l’amour-propre comme une indépendance absolue : « Je me suffis » ou « Mon bonheur ne dépend que de moi. »

Elles peuvent aider à retrouver une force après une dépendance. Prises au pied de la lettre, elles décrivent mal la vie à deux.

Aimer nous rend sensibles à la présence, au regard et aux décisions de l’autre. Son affection peut nous élever. Son indifférence peut nous atteindre. Sa fidélité contribue à notre sécurité.

L’amour-propre ne rend donc pas le partenaire inutile. Il lui refuse seulement la totalité du pouvoir d’administrer notre valeur, notre joie et notre envie de vivre.

Nous pouvons avoir besoin de l’autre sans lui confier tous nos besoins. Nous pouvons recevoir profondément sans devenir incapables de nous soutenir lorsqu’il fatigue, se trompe ou ne sait pas répondre.

La maturité n’abolit pas le besoin. Elle empêche un besoin de devenir propriétaire de toute notre vie.

Un vide peut fabriquer un contrat caché

Nous pouvons entrer dans une relation avec une ancienne blessure, une solitude ou le besoin d’être enfin choisis. Cela ne nous rend pas incapables d’aimer. Il n’est pas nécessaire d’être entièrement réparé avant de rencontrer quelqu’un.

Mais il faut distinguer venir avec une blessure et décider silencieusement que l’autre devra la refermer à notre place.

Le contrat caché ressemble à ceci :

« Je vais beaucoup t’aimer. En échange, tu devras me faire sentir que je suis assez, calmer toutes mes peurs et renouveler chaque jour ma certitude d’être digne d’amour. »

Le partenaire découvre alors qu’aucune dose ne suffit longtemps. Un message apaise jusqu’au prochain silence. Une preuve d’amour soulage, puis une nouvelle devient nécessaire. L’autre cesse d’être seulement un partenaire : il devient le fournisseur d’une identité que nous ne savons plus soutenir.

Commencer blessé n’oblige pas à reconstruire seul. Mais chacun doit pouvoir participer à sa reconstruction : reconnaître ce qui lui arrive, nommer ses besoins, chercher ce qui l’aide et essayer des réponses nouvelles.

Nous pouvons dire : « J’ai besoin de ton soutien. »

Nous devons aussi nous demander : « Que puis-je faire avec ce que je traverse ? »

La réciprocité n’est pas un commerce

Nous idéalisons parfois un amour qui ne chercherait rien. Pourtant, nous faisons plaisir pour nous rapprocher, rassurer ou construire un souvenir. La joie de l’autre compte pour nous ; reconnaître cet effet ne transforme pas l’amour en commerce.

Tout geste d’amour possède une raison ou un effet espéré. Cela ne le rend pas égoïste.

L’intérêt devient destructeur lorsque l’autre sert surtout d’instrument à notre avantage. Il devient une facture cachée lorsque nous donnons afin d’obtenir un remboursement précis que nous n’avons jamais annoncé.

Nous pouvons aimer sans facturer chaque geste, mais demander une réciprocité ne transforme pas l’amour en commerce. Le couple crée des engagements, et ces engagements produisent des attentes légitimes pour les deux personnes.

Il existe une différence entre demander une part et exiger une copie.

Demander une part, c’est dire : « Notre relation a besoin que chacun contribue à sa vie. »

Exiger une copie, c’est dire : « Puisque j’ai fait ce geste, tu dois reproduire exactement le même, au moment choisi et avec l’émotion attendue. »

L’un peut protéger par son organisation, l’autre par son écoute. Les gestes ne doivent pas se ressembler. Chacun doit cependant recevoir des preuves que son bonheur ne repose pas uniquement sur sa propre contribution.

Les devoirs ne garantissent pas les sentiments

L’engagement nous autorise à demander des comportements cohérents avec la relation : du respect, de l’écoute, une vérité, une présence ou un effort précis.

Mais aucun engagement ne nous donne la propriété des sentiments futurs de l’autre. Nous ne pouvons pas commander l’intensité de son désir ni garantir qu’il ne traversera jamais un doute.

Cette limite ne rend pas la promesse inutile. Elle précise ce qu’une personne peut réellement gouverner : sa parole, ses décisions, sa manière de traiter l’autre, sa volonté de travailler ce qui s’affaiblit et son honnêteté devant ce qu’elle ne parvient plus à donner.

Puisque l’autre ne peut garantir notre sécurité intérieure pour toujours, notre amour-propre reste indispensable. Il représente la part de notre protection qui ne peut être entièrement déléguée, même à une personne sincèrement engagée.

Faire notre part ne signifie pas porter les deux

Nous pouvons écouter, pardonner, anticiper, rassurer et réparer. Puis, lorsque l’autre ne répond toujours pas, chercher encore ce que nous pourrions améliorer.

Cette exigence envers nous-mêmes peut être noble. Elle peut aussi devenir une manière de ne jamais regarder l’absence de l’autre.

Nous pouvons travailler notre manière d’aimer. Nous ne pouvons pas créer sa volonté intérieure. Nous pouvons ouvrir une conversation. Nous ne pouvons pas fournir ses réponses et les nôtres.

Lorsque nous accomplissons constamment les deux parts, nous pouvons cacher le fait que la relation fonctionne grâce à une seule personne.

Faire notre part demande toutefois de vérifier plutôt que de nous déclarer irréprochables. Qu’est-ce que notre partenaire nous reproche avec précision ? Nos corrections sont-elles visibles ? Quels effets nos actes produisent-ils ?

Cette vérification ne donne pas à l’autre le pouvoir de décider seul de notre valeur. Certaines attentes sont changeantes, injustes ou destructrices. Faire notre part comprend donc aussi la capacité de dire non.

La part relationnelle n’est ni l’obéissance ni l’autoproclamation. Elle se vérifie auprès de l’autre, de soi et des conséquences produites dans la vie commune.

Nos sources personnelles peuvent nourrir le couple

Une relation peut devenir si centrale que tout le reste paraît secondaire. Nous délaissons des amis, une activité, un projet, une pratique spirituelle, une manière de prendre soin de notre corps ou le temps de solitude qui nous aidait à respirer.

Construire à deux demande des adaptations. Mais tout supprimer ne prouve pas que nous aimons davantage.

Une activité créative peut nous rendre plus vivants. Le mouvement protège notre énergie. Le repos diminue notre irritabilité. Un projet personnel entretient une fierté qui ne dépend pas entièrement du regard du partenaire. Une amitié fiable aide à prendre du recul.

Chaque source doit être jugée par ce qu’elle produit. Une famille peut nous soutenir ou gouverner nos décisions. Une amitié peut nous équilibrer ou entretenir le mépris du partenaire. Un travail peut nous donner de la dignité ou absorber toute notre présence.

Conserver des sources ne leur donne pas automatiquement la priorité. Cela entretient une vie intérieure assez nourrie pour ne pas demander à une seule personne de devenir tout notre monde.

Une asymétrie peut être aimante sans devenir permanente

Deux personnes ne donnent pas toujours la même quantité au même moment. Lorsque l’un est malade, endeuillé, épuisé ou confronté à une responsabilité exceptionnelle, l’autre peut porter davantage.

Cette asymétrie n’est pas forcément injuste. Sa signification dépend de sa cause, de sa durée, de la reconnaissance reçue et de sa trajectoire.

Une personne temporairement diminuée peut encore remercier, informer, coopérer et utiliser les ressources dont elle dispose. Le problème apparaît lorsque la période exceptionnelle devient l’organisation définitive de la relation et que toute demande de rééquilibrage est reçue comme un abandon.

Nous pouvons porter davantage sans promettre de porter toujours.

Celui qui s’est vidé ne retire pas forcément son amour lorsqu’il protège enfin son temps, son corps ou ses projets. Il essaie parfois de retrouver la capacité d’aimer.

Revenir à soi sans quitter le couple

Nous n’avons pas besoin d’attendre une séparation pour retrouver nos propres sources.

Revenir à soi ne signifie pas se détourner du partenaire. Cela peut commencer par dormir suffisamment, reprendre une activité, appeler une personne fiable, consacrer du temps à un projet ou cesser de parler de nous uniquement avec les mots de ses reproches et de ses compliments.

Regardons aussi ce que nous avons demandé à l’autre de porter : notre confiance, notre joie, notre motivation, notre image ou notre capacité à décider. Pour chaque domaine, cherchons une contribution personnelle.

Non pour exclure le partenaire, mais pour cesser de lui demander d’être la seule personne présente à l’intérieur de notre vie.

Nous ne revenons pas à nous pour aimer moins. Nous revenons à nous afin de ne plus aimer depuis un lieu qui se vide plus vite qu’il ne sait se nourrir.

Pour approfondir

Suis-je encore dans l’amour que je donne ?

  1. Quel besoin ai-je entièrement confié à mon partenaire ?
  2. Quelle part de ma vie ai-je retirée pour préserver le couple ?
  3. Notre déséquilibre répond-il encore à une difficulté temporaire ?
  4. Quelle source personnelle peut aussi nourrir notre relation ?
  5. Quel geste me ramènera à moi sans m’éloigner de l’autre ?

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